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Restituer une voûte ogivale : l’apport du lapidaire dans la compréhension du chantier médiéval

Le complexe de Vernaison, implanté sur la commune de Châteauneuf-sur-Isère (26), représente l’un des rares ensembles monastiques de la Drôme dont subsistent encore des élévations partielles. Lors de l’achat de la propriété par M. et Mme Clut en 2019, quantité de blocs de molasse, de tuf et de grès ont été dégagés de l’abbatiale ruinée. Parmi ces blocs, des claveaux en provenance de la croisée du transept permettent de restituer une voûte ogivale.

Présentation du site

Les premières mentions de la communauté remontent à 1167, dans un texte qui rassemble les dons effectués par Raymond († 1163), seigneur de Châteauneuf. Néanmoins, avant de s’implanter sur la terrasse au lieu-dit Vernaison, les moniales vivent au lieu-dit Commercy, à 5 km à l’ouest, jusqu’en 1221. L’appartenance à l’Ordre de Cîteaux est confirmée en 1259 par une bulle du pape Alexandre IV, bien que le statut d’abbaye-fille de l’abbaye de Léoncel, lui octroie aussitôt cette filiation.

Fig.1 : Localisation des propriétés de la maison abbatiale

Concernant le bâti, l’église abbatiale est orientée, le bras sud et la nef ont néanmoins disparu. Le chevet et le bras nord sont construits dans un moyen appareil de molasse, extrait des carrières de Châteauneuf-sur-Isère à 7 km à l’ouest, puis transporté par voie fluviale. Les assises sont régulières et les joints sont constitués d’un mortier de chaux fin, essentiellement sableux et sans inclusion.

Fig.2 : Chevet de l’abbatiale, vue depuis le sud-est.

L’emploi d’un appareil mixte de tuf et de molasse dans le voûtement de l’abside a permis sa préservation, ce mélange des matériaux procurant une plus grande élasticité et une meilleure résistance aux charges. Au sujet des décors, les ogives du cul-de-four présentent une modénature en double cavet surmontés d’un tore en amande, tandis que les arcs doubleaux de la voûte en berceau brisé du sanctuaire ne présentent aucune moulure. Les arcs et ogives sont réceptionnés par des colonnes engagées à deux tambours, dont les chapiteaux sont ornés de motifs à feuille d’eau. En somme, le décor interne à l’abbatiale est très sobre.

Fig.3 : Vue générale sur la voûte en berceau brisé du sanctuaire.

Quatre départs d’ogives, situés à la croisée du transept, suggèrent le développement d’une voûte aujourd’hui disparue. Les claveaux disponibles à l’étude présentent tous les mêmes modénatures : un décor en double cavet surmontés d’une arête de 5 cm de largeur. Une clé de voûte quadripartite avec les mêmes moulures est également conservée.

Fig.4 : Clé de voûte, provenance supposée de la croisée du transept.

Protocole d’intervention et méthode employée

Le dégagement et le tri des blocs, effectués selon leur nature et leur provenance, ont ainsi permis d’attester l’origine des claveaux et des blocs de tuf. Un second tri a aussi été nécessaire afin de distinguer les blocs architecturaux. L’inventaire commence par le nettoyage des blocs à la brosse souple. En révélant les traces d’outils et de badigeon, cette étape permet de distinguer les faces visibles des parties engagées dans le mur. Ensuite, le bloc est dessiné manuellement à échelle 1:5 sur toutes ses faces. Enfin, chaque bloc est marqué par son numéro d’inventaire puis rangé précautionneusement, surélevé et isolé de l’humidité du sol par un support.

Fig.5 : Réserve lapidaire, claveaux d’ogives.

Outils de taille et gabarits

Les claveaux sont taillés dans un moyen appareil de molasse. Les 57 exemplaires identifiés sont taillés dans des blocs de 31 cm de profondeur et 25 cm de largeur. La hauteur du bloc varie entre 29 cm et 38 cm, la flèche dépend de sa position dans l’ogive.

En premier lieu, le tailleur de pierre dessine des tracés préparatoires au ciseau droit sur son bloc afin de mieux appréhender les dimensions. Certains sont encore conservés. Les arêtes sont effectuées au ciseau droit tandis que l’intérieur des cavets est taillé au ciseau brettelé fin, parallèle aux arêtes. Les quatre faces sont terminées à la laye. L’extrados du claveau est dressé à la broche afin de permettre une meilleure adhésion au mortier. L’arête sommitale est terminée grâce à un large ciseau droit afin de ne pas abimer les arêtes fraichement terminées. Le tailleur possède des gabarits afin de réaliser tous ses voussoirs à l’identique ; ainsi le premier cavet correspond systématiquement à un quart de cercle de 7 cm de rayon tandis que le second s’inscrit dans un cercle de 5 cm de rayon.

Fig.6 : Relevé manuel du bloc 027.

Typologie des arcs

Afin de mieux comprendre le sens d’un bloc (lit de pose, lit d’attente, intra et extrados), il est important de le replacer dans son contexte d’origine. Les arcs conservés dans les voûtements de l’abbatiale sont tous de typologie brisée en tiers-points. Cela signifie que la portée totale de l’arc est divisée en trois segments identiques, les deux points de séparations (M et N sur le schéma) représentent alors le centre des cercles qui tracent les arcatures. L’orientation des joints-de-lit entre les blocs est alors donnée par le rayon du cercle.

Fig.7 : Typologie des arcs de l’abbatiale de Vernaison.

Empreintes des couchis et dimensions du bardage

Chaque claveau reçoit sur l’extrados des encoches taillées de biais. Elles mesurent 15 cm de profondeur, 22 cm de largeur et rentrent dans le bloc selon un angle de 65° dans la majorité des cas. La plupart des blocs portent une à deux encoches, rares sont ceux qui conservent quatre encoches réparties uniformément. Ces engravures correspondent au couchis de bois utilisé lors de la mise en place des voûtains. Leur orientation, toutes dirigées vers la clé, permettent d’identifier le lit de pose et le lit d’attente du bloc.

Fig.8 : Schéma explicatif du couchis de la croisée du transept.

Estimation du nombre de claveaux nécessaires

Il est également possible d’estimer si le nombre de claveaux conservés équivaut au nombre de claveaux initial. En effet, la longueur totale cumulée des blocs identifiés est égale à 13,65 m. Cependant, la croisée du transept est un carré de 7,30 m, sa diagonale vaut 10,32 m, ce qui équivaut au diamètre du demi-cercle dans lequel l’ogive s’inscrit. La longueur d’une seule ogive est donc estimée à 18,64 m. En définitive, il est possible que seulement un tier des claveaux formant la croisée d’ogives ait été retrouvée.

Deux typologies d’abreuvoirs

Les lits d’attente et de pose des claveaux reçoivent des abreuvoirs permettant l’adhésion du mortier entre les blocs. Ils sont taillés en biseau, soit au ciseau droit ou brettelé, soit à la broche. Il existe dans notre corpus deux grands types d’abreuvoirs. Le premier se compose d’un égouttoir central depuis lequel partent des ramifications plus courtes selon un angle de 40° (bloc001). Ce type regroupe 29 claveaux. Le second se compose d’un abreuvoir central duquel part deux paires de ramification selon un angle de 35° puis deux égouttoirs sont taillés depuis le départ de la seconde paire dans le sens contraire, afin de former des croix avec la première paire (bloc012). Ce grand type compte 25 claveaux. Sur les 57 blocs d’ogives référencés, seulement 30 ont pu être relevés à ce jour. Les voici :

Fig.9 : Claveaux en provenance supposée de la croisée du transept.

Marques d’assemblage et latéralisation

Enfin, dans une grande majorité des cas, une marque d’assemblage en forme de croix est gravée au ciseau droit sur les lits d’attentes et de poses. La largeur des branches nous donne la largeur du ciseau utilisé (variant de 1,5 à 3 cm). Le rôle de ces marques d’assemblage est d’identifier le sens de pose du bloc ; chaque marque trouve sa symétrie sur le bloc suivant ou précédent. Sur les 30 claveaux relevés, 23 portent une marque d’assemblage et seulement 18 peut être latéralisée grâce à l’orientation des encoches du couchis sur l’extrados. Dans 7 cas, la croix d’assemblage est à gauche contre 9 croix à droite. Les blocs 003 et 004 se caractérisent par deux croix d’assemblage, respectivement latéralisées à droite et à gauche. On peut donc distinguer quatre marques d’assemblage différentes pour les quatre branches d’ogives ; une marque simple à droite, une marque simple à gauche, une double-marque à droite, une double-marque à gauche.

Fig.10 : Marques d’assemblage latéralisées à droite.

Fig.11 : Marques d’assemblage latéralisées à gauche.

Fig.12 : Détail d’une marque d’assemblage taillée en biseau. Bloc 025.

Premières conclusions

Grâce à la latéralisation des claveaux, il est donc possible de proposer un certain nombre d’assemblages. Ces configurations ont été testées numériquement, tandis que l’expérimentation physique sur les blocs reste à effectuer. Les blocs 010, 012, 013, 021 et 027 présentent ainsi une configuration de la croix d’assemblage potentiellement superposable, latéralisée à droite. Néanmoins, les égouttoirs des blocs 010 et 021 ne sont pas identiques aux abreuvoirs de leurs homologues. Pour une latéralisation à gauche, il est possible de proposer deux paires : les blocs 001 et 022, les blocs 007 et 020. Une nouvelle fois, le bloc 001 ne présente pas la même typologie d’abreuvoirs que le bloc 022 avec lequel il est associé. Parmi les blocs qui ne sont pas latéralisés (absence de couchis sur l’extrados ou mauvais état du bloc), les voussoirs 016 et 024 semblent coïncider parfaitement. L’essai physique d’assemblage des blocs permettra de confirmer ou d’infirmer ces propositions.

À ce jour, 57 claveaux de la croisée d’ogive ont été identifiés dans le pierrier de l’abbaye de Vernaison. Tous ont été triés puis inventoriés, mais seulement 30 ont été relevés en dessin manuel. Les recherches se poursuivent donc pour les 27 voussoirs restants.

Lucas BOBILLON, le 08/07/2026

Comité de correction

Anne Baud, professeure en archéologie médiévale, Laboratoire ArAr (UMR5138)

Anne Flammin, ingénieure de recherches CNRS, Laboratoire ArAr (UMR5138)

Emmanuel Bernot, archéologue médiéviste, spécialiste bâti, DAVL

Un corpus numérique des pierres gravées hellénistiques et romaines

Les pierres gravées antiques — intailles et camées — constituent une source exceptionnelle pour l’étude des sociétés grecques et romaines. Par la richesse de leurs images, leur circulation entre les cultures, la diversité de leurs usages et la finesse de leur exécution, elles offrent un accès privilégié aux représentations religieuses, mythologiques, politiques et sociales de l’Antiquité.

Au-delà de leur intérêt artistique, elles occupent une place particulière parmi les sources iconographiques antiques. Contrairement aux monnaies, dont les types sont généralement élaborés dans le cadre de programmes officiels émanant d’une autorité civique, royale ou impériale, les pierres gravées relèvent le plus souvent d’un choix individuel. Leur iconographie peut ainsi traduire des préférences personnelles, des croyances, des références culturelles, des pratiques religieuses ou encore une recherche de protection symbolique. Par leur très grand nombre et la variété de leurs thèmes, les pierres gravées constituent un témoignage irremplaçable sur l’évolution des représentations, des sensibilités et des choix symboliques au sein des sociétés antiques.

Cependant, l’étude de ces objets reste confrontée à une difficulté majeure : leur dispersion. Les pierres gravées sont aujourd’hui réparties entre de très nombreuses institutions patrimoniales, et les nombreuses collections privées constituées depuis la Renaissance, accessibles au travers des catalogues de ventes publiques et les publications de collections privées, parfois anciennes. Les informations disponibles demeurent fragmentées, sur des supports hétérogènes et souvent difficiles à rapprocher. D’importants travaux de compilation ont certes été menés depuis le XIXe siècle, notamment par A. Furtwängler (Die antiken Gemmen), puis au travers des grands recensements nationaux réalisés par H. Guiraud (France), M. Henig (Royaume-Uni), l’AGDS (Antike Gemmen in Deutschen Sammlungen, Allemagne) ou encore les nombreuses collections italiennes. Des synthèses thématiques dues entre autres à J. Boardman, P. Golyzniak, J.-M. Moret ou D. Plantzos complètent aujourd’hui ce panorama.

Le Corpus Numericum Gemmarum Antiquorum (CNGA) a été conçu pour répondre à ce besoin. Corpus numérique consacré aux pierres gravées hellénistiques et romaines (à l’exception des amulettes dites gnostiques) librement accessible à l’adresse https://cnga.me/, il est né d’une démarche personnelle hors cadre institutionnel académique, à la croisée de deux domaines : l’ingénierie des données et les humanités numériques appliquées à la glyptique antique. Il rassemble actuellement environ 7250 pierres gravées, des périodes hellénistiques et romaines provenant des sources précitées, constituant un outil inédit pour l’étude de la glyptique antique, qui reste un domaine insuffisamment exploité par rapport à son importance.

L’ambition du CNGA n’est pas seulement de constituer un inventaire numérique d’objets, mais de rendre comparables plusieurs milliers de représentations iconographiques provenant de sources extrêmement diverses, par la création d’une ontologie iconographique de la glyptique hellénistico-romaine. Cette démarche permet d’explorer les images gravées selon leur organisation thématique, d’identifier des variantes iconographiques, de mettre en évidence des séries et de faciliter les rapprochements entre des objets aujourd’hui dispersés dans le monde entier, voire connus par de simples moulages ou gravures.

Démarche de construction

La construction du corpus repose sur une démarche inductive, à partir de l’objet, créant progressivement une ontologie au contact des objets ou de leur représentation, et non d’un modèle figé a priori. Chaque pierre intégrée au corpus fait d’abord l’objet d’une analyse iconographique visant à déterminer son thème principal. Cette étape est essentielle car une même image peut recevoir plusieurs interprétations possibles. Il faut notamment distinguer ce qui constitue le sujet central de la représentation et ce qui relève d’un élément secondaire. Ainsi, une représentation de Nikè peut être classée selon que le sujet principal est la divinité elle-même, ou bien une scène de victoire militaire dans laquelle Nikè n’est qu’un élément participant au sens général de l’image. Lorsqu’un thème ou une variante significative n’existe pas encore dans l’ontologie, une nouvelle branche est créée dans celle-ci. L’ontologie grandit donc au fur et à mesure de l’intégration de nouvelles pierres.

L’objectif n’est donc pas seulement de classer les objets, mais de faire émerger les familles d’images, les variantes et les phénomènes de répétition ou de transformation des modèles iconographiques.

Structure du corpus

La structure du CNGA repose sur une arborescence iconographique hiérarchisée. Le premier niveau de classement comprend six grandes catégories :

  • Religion et mythologie
  • Symboles, combinaisons et allégories
  • Le Monde (créatures terrestres, géographie, villes, éléments naturels…)
  • Les Hommes (portraits et représentations de l’individu, pouvoir politique, arts et sciences, métiers)
  • Scènes de genre (scènes bucoliques, religieuses, activités sociales, érotica …)
  • Sujets incertains et douteux

Ces grandes catégories sont ensuite subdivisées progressivement. Par exemple, la catégorie « Religion et mythologie » comprend notamment :

  • la mythologie gréco-romaine ;
  • les dieux égyptiens ;
  • les cultes orientaux ;
  • le christianisme.

Chaque pierre possède une place unique dans cette arborescence, correspondant au choix du thème iconographique principal. Les cas ambigus ne sont pas multipliés artificiellement dans plusieurs catégories : ils sont classés selon l’interprétation retenue, avec indication de l’incertitude lorsque celle-ci existe. Ce choix permet de conserver une structure lisible et cohérente. L’ontologie constitue ainsi une grille d’analyse cohérente, où chaque nouvelle subdivision correspond à une distinction iconographique considérée comme pertinente.

Certaines entrées peuvent également correspondre à des comparanda : publications, objets parallèles ou références utiles à l’interprétation des pierres gravées (monnaies, mosaïques, statuaire, terres cuites, …).

Chaque pierre intégrée au CNGA reçoit un identifiant unique, de type CNGA-nnnnn. Cet identifiant est pérenne, il reste constant indépendamment de l’évolution de la classification ou de l’ajout de nouvelles informations.

Chaque notice rassemble plusieurs types de données :

  • identifiant CNGA,
  • une URL associée (https://cnga.me/?ref=CNGA-nnnnn),
  • source de l’objet (institution, ancienne collection, vente publique, collection privée, ouvrage),
  • numéro de référence dans la source d’origine (numéro d’inventaire, numéro de catalogue de vente…),
  • photographie de la gemme (sur fond blanc, extraite de son sertissage le cas échéant) et/ou son empreinte ,
  • matériau (cornaline, agate, jaspe, etc.),
  • dimensions,
  • provenance géographique éventuelle,
  • appartenance à une collection historique,
  • datation proposée (entre [ ]),
  • si l’objet est un camée (« [camée] »), sinon il s’agit par défaut d’une intaille
  • crédits photo.

L’un des principes fondamentaux du projet est l’accessibilité directe des données. Chaque pierre, mais aussi chaque nœud de l’ontologie dispose d’une URL propre permettant son partage et sa citation.

Structure technique

Le modèle conceptuel du CNGA repose sur une carte mentale XMind (www.xmind.net). Ce choix peut sembler éloigné des bases de données traditionnelles, mais il répond précisément aux besoins d’une classification iconographique évolutive, car la carte mentale offre une grande souplesse, permettant une création aisée de nouvelles branches, leur déplacement, leur évolution tout en conservant une visualisation globale de l’organisation iconographique. Chaque feuille terminale correspond à une notice telle que détaillée ci-dessus, ou à une référence comparative.

Le fichier XMind constitue la source unique du corpus. La version web est générée automatiquement à partir de ce fichier, ce qui garantit la cohérence entre l’ontologie et sa représentation en ligne. Le code de génération (front : React/Javascript, back : PHP/SQL) a été développé en grande partie avec l’assistance d’une IA générative, qui permet également d’offrir une version multilingue (anglais pour l’instant), par traduction automatique lors de la génération de la version.

Le site du CNGA permet deux types d’accès :

  • exploration de l’arborescence de l’ontologie, selon une logique proche d’un explorateur de fichiers. L’utilisateur peut ainsi partir d’une grande catégorie et descendre progressivement dans les niveaux de détail jusqu’aux objets individuels, lui permettant de découvrir des ensembles d’images et faire émerger de nouvelles pistes de recherche (1)
  • recherche par mots-clefs : recherche libre (y compris le nom d’une source, comme « BNF ») (2), ou thesaurus (3)

Perspectives

Bien qu’un certain nombre de collections nationales ne soient pas encore incluses dans le corpus, le nombre élevé de gemmes d’origine très diverses permet d’ores et déjà de constituer une ontologie largement représentative de l’imaginaire hellénistique et romain gravé sur pierre et verre inclus et permet d’offrir un nouvel outil à large spectre dédié à la glyptique, dans le cadre des humanités numériques. Cet outil pourra non seulement contribuer à renouveler les approches comparatives de la glyptique en facilitant l’identification de variantes, de séries iconographiques et de circulations de modèles, à une échelle qui était jusqu’à présent difficilement accessible, mais aussi favoriser, grâce à son large spectre documentaire, des recherches interdisciplinaires dépassant le seul domaine de la glyptique, dans des disciplines telles que l’archéologie, l’histoire des religions, l’histoire de l’art ou l’anthropologie.

À court terme, le corpus va s’enrichir de quelques centaines de nouveaux items dont de nombreux camées des plus grandes institutions (BNF, British Museum, KHM, Metropolitan Museum, …), l’accent ayant été initialement mis sur les intailles, au répertoire iconographique beaucoup plus étendu.

Toute remarque, correction, proposition peut être adressée à contact@cnga.me .

Chantier-école à la collégiale Saint-Barnard de Romans-sur-Isère (Drome) : entre peintures murales médiévales et restaurations du XXe siècle

Le chantier-école qui s’est tenu au printemps 2026 à la collégiale de Romans-sur-Isère s’inscrit dans un projet de recherche collectif, Ornatus, portant sur les décors peints ornementaux réalisés entre le XIIe et le XIVe siècle. Une équipe de cinq étudiant.e.s de l’Université Lumière Lyon 2, de la licence 3 au doctorat (Anne-Laurence D’Aoust, Garance Deronne, Charlotte Simon, Lucas Bobillon, Juliette Le Meur), encadrée par Amaëlle Marzais (MCF Lyon 2, ArAr UMR 5138) et Térence Le Deschault de Monredon (chercheur indépendant, président du Groupe de Recherches sur la Peinture Murale), s’est rendue à la collégiale afin d’étudier les peintures murales médiévales pour la deuxième année consécutive. Le chantier-école de 2026 a été financé par l’Université Lyon 2.


En dépit de la richesse des peintures de la collégiale, qui fait de cet édifice un repère majeur dans l’histoire de la peinture monumentale gothique, le site n’a quasiment pas bénéficié d’études du bâti et des décors. Le diagnostic récent des conservatrices-restauratrices Florence Cremer et Natacha Akin a montré que, lors de la restauration par Robert Baudouin entre 1978 et 1982, les peintures ornementales du chœur avaient fait l’objet d’une vaste réintégration picturale dans les zones décoratives (60 à 80 %), contrairement aux zones figuratives dont les lacunes ont été reprises à minima. Ces interventions sont malheureusement très peu documentées. Le premier enjeu de ce chantier école était donc d’engager une critique d’authenticité des différentes zones à partir d’une observation rapprochée des parties accessibles directement ou grâce à un échafaudage, et par la relecture des rares sources iconographiques anciennes, dans l’objectif de reconnaître ce qui relève du décor médiéval. À l’issue des deux premières campagnes du chantier-école, un décor antérieur à celui connu du XIVe siècle a été identifié et les restaurations du XXe siècle sont désormais mieux comprises.


En outre, la chapelle du Saint-Sacrement, attenante à la nef, contient plusieurs campagnes de décors. Celle du XVe siècle est la plus connue et a été restaurée en 1960-1964, tandis que d’autres campagnes picturales plus anciennes et fragmentaires remontent probablement au XIVe siècle et n’avaient jamais été considérées jusqu’à présent. Leur état de conservation nécessite une étude stratigraphique et archéographique poussée en vue de proposer des restitutions de la mise en couleur médiévale de cet espace.
Lien de la base de données Ornamentum : https://heurist.huma-num.fr/gvict_Ornamentum/web/427





Le sanctuaire antique de Mancey : résultats de la campagne de fouille 2025

Introduction

Le sanctuaire antique de Mancey (Saône-et-Loire) occupe une éminence structurante du relief local à quelques km de la petite ville de Tournus. Avec cette implantation en belvédère, il bénéficie d’une visibilité étendue sur une large portion du Tournugeois.

Les opérations de vérification des anomalies LiDAR engagées à partir de 2020 dans ce massif forestier ont profondément renouvelé la lecture archéologique du secteur. Le site de Mancey se singularise par la présence de volumineux monticules pierreux, interprétés dès les premières prospections comme les vestiges d’élévations effondrées. L’abondance de mobilier archéologique affleurant, associée à une structuration spatiale singulière, excluait l’hypothèse d’un habitat rural et orientait vers l’identification d’un complexe cultuel.

Le site se caractérise par la présence de six monticules pierreux distincts, auxquels s’ajoute un monticule linéaire correspondant vraisemblablement au tracé d’un mur de clôture délimitant l’aire sacrée.

Les deux monticules les plus volumineux font actuellement l’objet de la fouille. Le plus important, le monument M5, correspond à un fanum. Le monument M3, de dimensions plus modestes, se compose d’une salle sacrée précédée d’un vestibule.

L’ouverture de sondages en 2023 a conduit à l’engagement d’une fouille programmée triennale (2024-2026). La campagne 2025 s’est déroulée sur six semaines continues d’intervention. Trente-cinq bénévoles  (majoritairement des étudiants en archéologie, aux côtés de cinq professionnels) ont ainsi participé à l’opération. L’opération totalise ainsi, pour l’année 2025, 795 jours-homme dédiés à la phase de terrain.

L’abondance du mobilier (environs 20000 artefacts enregistrés depuis 2023) conjuguée à une géolocalisation systématique au tachéomètre de chaque objet et à une méthodologie d’enregistrement inspirée des protocoles appliqués aux sites paléolithiques, offre des conditions d’analyse rarement réunies pour un contexte antique. Cette approche permet d’articuler datation stratigraphique et lecture spatiale à une échelle particulièrement fine qui permet d’analyser avec une certaine profondeur la compréhension des contextes de dépôt.

Topographie générale du sanctuaire

La campagne 2025 a également intégré une prospection autorisée au détecteur de métaux, menée par l’étudiant Alexandre Biondini. Elle a mis en évidence des zones de circulation matérialisées par de nombreux clous de chaussure et a montré que les concentrations de mobilier métallique se prolongent sur une centaine de mètres au nord des monuments fouillés.

Parallèlement, l’étude phyto-archéologique conduite par l’étudiante Eliane Etève a été complétée par une campagne de prélèvements de sols sur l’ensemble de l’emprise du sanctuaire. Ces analyses géochimiques, interprétées par le géomorphologue Mathieu Rué , ont été croisées avec les relevés topographiques et les résultats des prospections métalliques.

L’ensemble de ces données dessine progressivement une organisation structurée des espaces et suggère que le sanctuaire s’étend au nord du monument M3. En l’absence d’un péribole clairement identifié, les limites précises de l’area sacra restent à déterminer. Néanmoins, tous les indices convergent vers l’image d’un espace d’environ un hectare, intensément fréquenté et organisé autour de cheminements et de zones de rassemblement.

Plan du site sur fond LiDAR.

Le petit temple M3

Le monument M3 est composé d’un vestibule (salle 2) ouvrant sur une salle sacrée (salle 1). L’ensemble mesure 11,6 m par 7 m. Une grande partie de la salle sacrée a été fouillée, même si l’exploration des niveaux les plus anciens reste à poursuivre. Il est remarquablement bien conservé, jusqu’à 1,5 m en élévation. 

On distingue 4 phases dans la séquence sédimentaire qui atteint au moins 0,7 m d’épaisseur : 

Phase 1 : 287-289 AD à 324-325 AD Plus ancienne occupation connue de la salle 1. 

Phase 2 : 324-325 AD à 367 AD Construction de la salle 2 et exhaussement du sol dans la salle 1. 

Phase 3 : après 367 AD Exhaussement du sol dans la salle 1. 

Phase 4 : après 367 AD Démantèlement de la salle sacrée, spoliation et rituels de clôture.

Plan du temple M3. 

La plus ancienne, la phase 1, est datée des années 280 AD et a été très peu explorée. Elle est matérialisée par un sol en argile présentant des lentilles de charbons. En 2025, un dépôt monétaire de 17 monnaies datant des années 280 AD, dont un aureus de Tétricus, a été mis au jour dans le sol en argile et correspond assez probablement à un dépôt de fondation.

Aureus de Tétricus.

Les données disponibles restent toutefois limitées pour cette première phase, dont l’organisation architecturale demeure encore mal connue. En revanche, la phase 2 a fait l’objet d’une exploration beaucoup plus approfondie. Elle se caractérise par un exhaussement général du niveau de sol d’environ 0,20 m, accompagné d’un réaménagement interne structurant. Une large banquette est aménagée le long d’un mur latéral, tandis qu’une seconde, implantée au fond de la salle sacrée, forme un dispositif interprété comme un podium cultuel. Le centre de la pièce est occupé par un sol en mortier de tuileau soigneusement réalisé.

L’ensemble de ces aménagements, ainsi que l’adjonction du vestibule, peuvent être situés autour de 325 AD. Le niveau de circulation associé à cette phase, encore en cours de fouille, est matérialisé par un mince niveau de terre sombre particulièrement riche en mobilier et très bien conservé. Près de 10000 restes y ont été enregistrés. Le spectre faunique se distingue par sa singularité : cochons de lait, poules, passereaux, brochet et tanche. Les très nombreux restes de faune sont associés à des fragments de gobelets en céramique et en verre, ainsi qu’à de nombreuses monnaies dont beaucoup sont brûlées et ou mutilées. Parmi le petit mobilier, on note également la présence de 25 épingles en métal et en os, d’une parure en or et de plusieurs perles, dont une est dorée.

L’une des épingles en os de la phase 2 du temple M3. 
Parure en or et perles de la phase 2 du temple M3.

Ce niveau semble correspondre à un sol non balayé où se sont accumulés des reliefs de repas rituels et d’offrandes déposées par les usagers du sanctuaire. La qualité et la nature du mobilier indiquent une fréquentation par un public de haut rang qui laisse supposer que l’accès à ce temple était possiblement réservé à une élite locale.

La conservation exceptionnelle du niveau de circulation de la phase 2 s’explique par un nouvel exhaussement interne intervenu vers 367 AD (phase 3). À cette date, les sols en usage sont recouverts par un remblai structuré d’environ 0,30 m d’épaisseur, qui scelle les niveaux antérieurs tout en maintenant en place les banquettes latérales et le podium. Le temple est toutefois détruit et abandonné peu de temps après cet ultime aménagement.

La phase 4 correspond à la couche d’abandon du monument, particulièrement spectaculaire tant par sa composition que par la qualité du mobilier mis au jour. Elle a livré un ensemble exceptionnel de mobilier liturgique en pierre comprenant deux piédestaux de statue, une grande table, un autel tabulaire à rebord ainsi qu’un probable autel maçonné (80 × 40 cm) revêtu d’enduits peints. L’une de ses faces représente le dieu gaulois Sucellus ; en l’état actuel des connaissances, il s’agirait de l’unique représentation peinte attestée de cette divinité.

Le bloc maçonné représentant le dieu Sucellus (temple M3).  © Groetembril, APPA-CEPMR.

La stratigraphie indique qu’après le saccage initial de la salle sacrée, la couverture de tuiles a été en grande partie spoliée. Les deux piédestaux de statue ont ensuite été redressés au-dessus des décombres, quasiment au centre de la salle sacrée, puis un foyer a été aménagé au pied de l’un d’eux, directement implanté sur les premiers niveaux d’effondrement. 

L’un des piédestaux et la grande table en pierre en cours de fouille dans les niveaux de la phase 4 du temple M3. 

L’analyse anthracologique révèle que les bois brûlés sont majoritairement du sapin. Ils présentent pour partie des traces de galeries xylophages qui renvoient vraisemblablement à des éléments architecturaux ou à du mobilier en bois remployé comme combustible. 

Autour de ce foyer ont été recueillis de nombreux restes fauniques, des fragments de gobelets en céramique et en verre, ainsi qu’un lot important de monnaies. Le spectre mobilier observé apparaît très proche de celui documenté pour la phase 2. Cette continuité suggère que les gestes accomplis dans la ruine du temple s’inscrivent dans une tradition rituelle préexistante. L’ensemble évoque très vraisemblablement une ultime agape rituelle célébrée dans la ruine du monument et qui participe symboliquement à sa condamnation dans le courant des années 370 AD.

Répartition du mobilier dans la salle sacrée du temple M3 au moment de l’abandon.

Enfin, une fosse creusée dans le premier niveau d’effondrement, en avant du podium, a livré un dépôt remarquable constitué d’ une centaine de monnaies, d’une lampe de culte particulièrement singulière et de dix statuettes de déesses-mères en terre blanche issues de l’atelier d’Autun du coroplaste Pistillus (un siècle plus anciennes que la fosse). Ce dépôt de condamnation constitue ainsi un des derniers gestes cultuels accomplis dans le sanctuaire. 

L’une des statuettes de déesse-mère dans la fosse de condamnation du temple M3. 
Le luminaire de la fosse de condamnation du temple M3.

Le jet de monnaies (stips), associé à la présence récurrente de tessons de gobelets, demeure attesté dans la ruine du monument jusqu’à la fin du IVe siècle AD. Ces dépôts témoignent d’une fréquentation persistante alors même que le monument, déjà effondré, se transforme rapidement après son saccage en monticule pierreux.

La fouille des abords du monument M3 met en évidence une large chaussée aménagée à l’avant et à l’arrière du temple. Le long de sa façade sud, un espace de préparation culinaire a été identifié, en lien probable avec les pratiques rituelles du sanctuaire.

La configuration du monument, la présence de banquettes latérales et le spectre mobilier très particulier suggèrent que ce temple pourrait correspondre à un mithraeum. Toutefois, l’absence de statuaire spécifique, d’inscriptions ou d’iconographie mithriaque ne permet pas, pour l’instant, de dépasser le stade de l’hypothèse. L’organisation interne du bâtiment renvoie en revanche à un dispositif lié au banquet rituel, caractéristique de certains cultes orientaux et, plus largement, d’un espace de réunion structuré autour d’une pratique cultuelle.

Le fanum M5

Le monument M5, est un monument à plan centré de type fanum, mesurant 15,6 m de côté. Les élévations sont conservées jusqu’à 0,8 m. Lors de la campagne 2025, l’ensemble des niveaux d’abandon de la cella a été intégralement fouillé, de même qu’une vaste surface des sols de la galerie périphérique.

Les données indiquent que les murs maçonnés de la galerie périphérique atteignaient au minimum 2,5 m en élévation, tandis que ceux de la cella ne devaient pas excéder environ 0,8 m. Cette configuration va à l’encontre du schéma généralement admis pour ce type de temple, dans lequel la cella représente habituellement le volume dominant de l’élévation. La cella est par ailleurs surélevée par rapport au niveau de circulation de la galerie périphérique. Son accès s’effectuait par un escalier de deux marches encadrées par une ouverture large d’environ 3,30 m. La porte principale d’accès au temple, entièrement dégagée, présente la même largeur au droit des murs périphériques.  

Plan du fanum M5.

À l’intérieur, dans l’axe de circulation entre la galerie et la cella, une fosse d’implantation a été mise au jour. Elle pourrait correspondre à l’emplacement d’un autel aujourd’hui manquant. 

Tous les sols sont constitués par un terrazzo de bonne facture. Dans la cella, une partie du sol était constituée d’un opus sectile reposant sur le terrazzo. Les murs étaient revêtus de placages de marbre, dont la majeure partie a été récupérée lors des phases de spoliation. 

Dans la galerie périphérique, ce sont plusieurs milliers de fragments d’enduits muraux polychromes qui ont été découverts au pied des élévations. Les murs de la galerie étaient enduits et peints aussi bien à  l’intérieur qu’à l’extérieur du monument. Leur abondance et leur qualité témoignent de la richesse ornementale de cet espace de circulation. Leur étude en cours devrait permettre de restituer, au moins partiellement, les décors intérieurs qui structuraient et accompagnaient les parcours rituels au sein du monument. Les sols de la galerie ont la particularité d’être en pente. 

Environ 400 fragments de statues en calcaire de Saint-Boil ont été mis au jour, concentrés sur quelques mètres carrés dans la galerie proche de l’entrée. Etudiés par Pierre-Antoine Lamy, ces fragments correspondent à au moins trois statues distinctes (une à l’échelle 1, une d’environ 1,3 m et une de 0,8 m). Ils témoignent d’une destruction systématique des statues de culte, légèrement postérieure à l’abandon et à la spoliation du temple. 

Fragment de buste provenant du fanum M5. 
Ex-voto, en cours de fouille, reposant sur le niveau d’abandon à l’extérieur du fanum M5. 

Les données situent la spoliation du fanum dans les années 380-390 AD. Le jet de monnaie dans la ruine (stips) et la fréquentation à des fins rituelles se poursuivent pendant encore au moins une décennie après la spoliation. Des concentrations de tessons de céramique et de monnaies ont été observées à l’extérieur devant la façade du temple et sur les ruines de la cella. 

Répartition du mobilier déposé peu de temps après la spoliation du fanum M5. 

Plusieurs fragments d’inscriptions gravées sur plaques de marbre ont été découverts dans la salle sacrée. Étudiés par la spécialiste Marie-Anaïs Janin, l’un de ces fragments de textes mentionne l’intervention d’une autorité collective dans l’aménagement du sanctuaire. Cette inscription pourrait confirmer le statut public du temple.

Cinq grandes fosses ont été creusées dans la cella à la fin de l’Antiquité, postérieurement à la spoliation du temple. Ces excavations traversent le terrazzo et ses niveaux de fondation sur plus de 0,70 m de profondeur.

À l’extérieur du bâtiment, la fouille a permis d’identifier plusieurs états successifs de niveaux de circulation matérialisant un cheminement structuré le long du temple. L’usure visible sur les arêtes des blocs atteste d’un passage répété et prolongé.

Enfin, la découverte de tessons de céramique de la fin de la période gauloise, en position secondaire devant l’entrée du temple, suggère que la fréquentation du sanctuaire pourrait remonter à la fin de la période laténienne. De nombreux mobiliers, dans plusieurs secteurs du site, attestent d’une continuité d’occupation sur près de cinq siècles.

contact email presse : postulermra@gmail.com

Equipe scientifique : 

Céramique : Grégory Compagnon (Archéologue contractuel, chercheur associé ArAr UMR 5138 et GRAT) ; Daniel Barthèlemy (Responsable d’opération INRAP, chercheur associé ArAr UMR 5138 et GAM).

Conchyliologie : Vianney Forest (INRAP, archéozoologue, chercheur associé TRACES UMR 5608).

Coroplastie : Loïc Androuin (Doctorant EPHE – UMR 8210 ANHIMA).

Enduits peints : Annaëlle Dubus (Étudiante Master 1, université de Besançon) ; Sabine Groetembril (Responsable de la section étude, Centre d’Étude des Peintures Murales de Soissons – APPA-CEPMR).

Ex-voto : Djamila Fellague (Maîtresse de Conférences, Histoire de l’Art et Archéologie – Antiquité, Université Grenoble Alpes, LUHCIE).

Faune : Thierry Argant (Responsable d’opération EVEHA, archéozoologue, chercheur associé ArAr UMR 5138) ; Justine Jacob (Étudiante Master 2, Muséum national d’Histoire naturelle).

Géoarchéologie : Mathieu Rué (Géo-archéologue PALEOTIME, chercheur associé UMR 6282 Biogéosciences et GRAT).

Inscription : Marie-Anaïs Janin (Chercheuse associée UMR 6298 ARTEHIS).

Instrumentum : Michaël Brunet (Spécialiste indépendant, chercheur associé UMR 6298 ARTEHIS) ; Fanny Beaufreton-Germain (Étudiante Master 1, université de Montpellier). 

Lithique du site et voûte maçonnée du temple M3 : Jean Duriaud (Président du GRAT).

Mortier de chaux : Nicolas Herreyre (Doctorant ArAr UMR 5138 et iLM UMR 5306).

Numismatique : Maxime Dard (Archéologue contractuel, GRAT).

Orientation astronomique du sanctuaire : Romain Ravignot (Doctorant, Sorbonne-Université, UMR 8050 Centre André-Chastel).

Paléoanthropologie : Aurore Bertrand (Responsable d’opération PALEOTIME, archéo-anthropologue, ADES UMR 7268).

Phyto-archéologie : Eliane Etève (Étudiante Master 2, Muséum national d’Histoire naturelle).

Statuaire : Pierre-Antoine Lamy (Responsable d’unité « Valorisation », C’Chartres Archéologie – Ville de Chartres).

Verre : Amélie Marie (Archéologue, spécialiste du verre, Hadès Archéologie).

Nouveau programme d’exploration statistique des données archéométriques croisées aux données céramologiques

Anaïs Nogent, Docteure en archéologie, chercheure associée ArAr,

Alioscha Massein, IE en collecte, traitement et analyse de données et d’enquêtes, Maison des Sciences sociales et des Humanités Lyon Saint-Étienne, CNRS,

Sandrine Elaigne, chercheure ArAr.

La thèse de doctorat d’A. Nogent, soutenue en novembre 2024 à l’Université Lumière Lyon 2 (1), a démontré l’apport novateur de l’analyse discriminante linéaire (LDA) comme moteur de prédiction d’attribution d’origine dans l’exploitation statistique des mesures physico-chimiques des compositions élémentaires des céramiques archéologiques. Développée avec le langage de programmation R, cette approche permet de générer des probabilités précises d’attribution à un référentiel, qui sont ensuite systématiquement confrontées aux critères de classification céramologique traditionnelle (groupe technique, typo-chronologie, macroscopie des pâtes argileuses). Ce protocole de validation croisée entre modélisation statistique et expertise qualitative offre un nouveau standard de précision pour caractériser les productions complexes et déterminer leurs origines. Il est actuellement exploré au laboratoire de céramologie (ArAr) pour validation et développement à partir d’une étude de cas que Maurice Picon† (2) avait réalisée en collaboration avec S. Élaigne en 2006 et 2007 : la caractérisation des productions à vernis argileux « de transition » qui approvisionnent Berytus aux IIIe s. et IIe s. av. J.-C.

Grâce à sa collaboration avec A. Massein, A. Nogent a pu cibler les besoins méthodologiques statistiques et appliquer de nouveaux outils à des problématiques de recherche de provenance dans lesquelles une analyse de données multidimensionnelles est nécessaire. Leurs travaux ont permis de mettre en oeuvre des tests d’efficacité du modèle appliqués à notre cas d’étude suite à l’élaboration de groupes de références d’ateliers égéens, proche-orientaux et chypriotes grâce au corpus d’échantillons prélevés dans des sites de productions antiques lors des prospections de J.-Y. Empereur et M. Picon de 1984 à 1986. Leur méthodologie étant particulièrement adaptée à la gestion d’une grande quantité de données permettant de travailler sur des référentiels et des corpus de plus de 500 individus, elle sera appliquée au traitement statistique des données chimiques du corpus des amphores et de la vaisselle céramique de l’îlot des Comédiens à Délos pour lequel un programme de recherche d’origines est en cours (3). Parallèlement, le travail exploratoire du traitement statistique des données céramologiques se poursuit pour aborder la manière d’intégrer directement dans le modèle des paramètres qualitatifs, tels que groupe technique (incluant des critères sur les cuissons, pâtes et vernis argileux), typologie, timbrage… La collection d’anses d’amphores timbrées rhodiennes recueillies lors des prospections fera l’objet de premiers tests intégrant les noms des fabricants indiqués par le timbrage afin de déterminer les successions de fabricants au sein d’un même atelier.


(1) « Le commerce antique à longue distance : La diffusion du vin italique en Méditerranée entre le IIe et le Ier siècle av. J.-C : zone de production, marché de consommation et phases d’importation. Études de cas ».

(2) https://fr.wikipedia.org/wiki/Maurice_Picon

https://journals.openedition.org/archeosciences/4544

(3) https://whitelevy.fas.harvard.edu/life-and-economy-%E2%80%98comedian-house%E2%80%99-insula-hellenistic-times-delos-island-greece-reassesment

Parution de l’ouvrage « Démonter pour construire. Une histoire des matériaux de seconde main »

En novembre 2025, est paru l’ouvrage « Démonter pour construire. Une histoire des matériaux de seconde main », aux éditions Mergoil. Ouvrage auquel ont participé plusieurs membres du laboratoire ArAr : Anne BAUD, Emmanuelle BOISSARD, Hervé CHOPIN, Laura FOULQUIER, Charlotte GAILLARD, Anne SCHMITT.

Ce travail est le résultat du projet de GDR ReMARch (Recyclage et remploi des matériaux de l’architecture aux périodes anciennes – GDR 2063 du CNRS).

Plus d’informations sur le site de l’éditeur : https://www.editions-mergoil.com/fr/europe-medievale/361-demonter-pour-construire-une-histoire-des-materiaux-de-seconde-main-9782355181535.html

3èmes Rendez-vous du Gaaf

« Les marqueurs de l’identité :

portés sur soi, inscrits en soi »

Résumés de la Journée d’étude

du 17 octobre 2025 au Musée-Château d’Annecy

Organisateurs

GAAF / UMR 5138 – Laboratoire ArAr « Axe transversal Antiquité tardive » et le Musée-Château Annecy

En cet automne 2025, le séminaire de l’axe transversal « Antiquité tardive » a fusionné avec le 3ème Rendez-vous du Gaaf pour aboutir à l’organisation, au Musée-Château d’Annecy, d’une journée d’étude placée sous le thème de l’identité.

Depuis 2022, un projet collectif de recherche « La nécropole ouest de Boutae, une occupation burgonde à Annecy (Haute-Savoie) » mené par M. Rouzic et F. Gabayet prolonge les résultats des fouilles d’archéologie préventive conduites avenue des Romains à Annecy. Il se donne pour objectif d’interroger la mise en place d’une nécropole par et pour les Burgondes à partir du milieu du Ve s. ap. J.-C.

La découverte d’un mobilier exceptionnel mis au jour au 39 et 41, avenue des Romains respectivement en 2014 et 2016, est à l’origine d’une exposition programmée au Musée-Château d’Annecy entre le 6 juin et le 31 octobre 2025 : « L’épopée burgonde. Naissance du Moyen Âge en Haute-Savoie ». L’exposition s’attache à retracer la trajectoire du peuple burgonde depuis le premier royaume à Worms jusque dans le territoire de la Sapaudia incluant l’ancien vicus de Boutae. Dans le temps de l’exposition, des chercheurs d’horizons divers se sont réuni pour interroger « Les marqueurs de l’identité : portés sur soi, inscrits en soi ».

La journée a réuni une quarantaine de chercheurs et chercheuses venus de toute la France, de Suisse et de Belgique et du Luxembourg.

Une publication des interventions est d’ores et déjà prévue dans le courant de l’année 2026, au sein de la revue « Archéologies. Sociétés, réseaux, matériaux » du laboratoire de l’UMR5138 ArAr.

Comité d’organisation

Franck Gabayet, Inrap, UMR 5138-Laboratoire ArAr

Magalie Guérit, Inrap, UMR 5138-Laboratoire ArAr

Mikaël Rouzic, Inrap, UMR 5199 PACEA

Laurie Tremblay Cormier, Musée-Château d’Annecy, UMR 7044, UMR 5138-Laboratoire ArAr

Comité scientifique

Vincent Balter, Directeur de Recherches CNRS, LGL-TPE, ENS de Lyon

David Billoin, Chargé d’opération et de recherche Inrap, UMR 5140 ASM

Emma Bouvard-Mor, Conservatrice du patrimoine DRAC ARA/SRA site de Lyon, UMR 5138-Laboratoire ArAr

Julian Castelbou, Conservateur du patrimoine contractuel, DRAC ARA/SRA site de Lyon, UMR 5138-Laboratoire ArAr

Katalin Escher, Maîtresse de conférences, Université Cergy Paris, UMR 6298 Artehis

Franck Gabayet, Ingénieur de recherche Inrap, UMR 5138-Laboratoire ArAr

Sacha Kacki, Chargé de recherche CNRS, UMR 5199 PACEA, Université de Bordeaux

Fanny Mendisco, Ingénieure de recherche CNRS, UMR 5199 PACEA

Mikaël Rouzic, Chargé d’opération et de recherche Inrap, UMR 5199 PACEA

Partenaires

Musée-Château Annecy

Inrap

UMR 5138-Laboratoire ArAr

UMR 5199 PACÉA

ESPAHS SRA


Manger, se déplacer, appartenir : Une lecture isotopique des identités culturelles dans le Pacifique sud

La diversité génétique et culturelle des sociétés contemporaines du Pacifique Sud est le fruit de contacts incessants entre les îles depuis plus de 3000 ans, depuis la première colonisation par les populations Lapita jusqu’à la colonisation européenne survenue il y a 400 à 300 ans. Les recherches bioarchéologiques menées dans cette région, permettent de documenter comment, depuis la période Lapita (environ 3000 BP), les sociétés insulaires ont connu de profondes transformations dans leurs pratiques alimentaires, leurs mobilités, ainsi que dans l’organisation de leurs structures sociales et symboliques. Après une phase initiale caractérisée par une relative homogénéité culturelle autour du complexe Lapita, chaque archipel a progressivement développé des identités culturelles propres, façonnées par des processus d’adaptation aux contraintes environnementales, aux dynamiques économiques locales et aux évolutions sociales.

En s’appuyant sur l’analyse des isotopes stables du carbone (δ¹³C) et de l’azote (δ¹⁵N) issus de plusieurs séries ostéoarchéologiques majeures (Teouma au Vanuatu, Talasiu aux Tonga et Sigatoka aux Fidji), cette communication montrera comment il est possible de retracer ces dynamiques culturelles et économiques à travers le prisme de l’alimentation. Par ailleurs, la question de la mobilité sera explorée plus spécifiquement dans l’archipel du Vanuatu, à travers une approche multi-échelle (intra- et interindividuelle) basée sur l’analyse des rapports isotopiques du strontium (⁸⁷Sr/⁸⁶Sr), afin de mieux comprendre la complexité des déplacements familiaux, historiques et culturels qui ont façonné ces sociétés insulaires sur la longue durée.

Estelle Herrscher[1]


[1] CNRS, Aix-Marseille Université, Minist Culture, LAMPEA UMR 7269, Aix-en-Provence. estelle.herrscher@univ-amu.fr


Groupe de femmes sur l’île d’Ambrym, Vanuatu, août 2007 ©Getty – Eric Lafforgue/Art in All of Us

Repenser l’identité funéraire en Austrasie mérovingienne : entre marqueurs portés et marqueurs inscrits

L’analyse des nécropoles mérovingiennes du territoriumMetense révèle une diversité de pratiques funéraires qui dépasse les dichotomies classiques entre sexe biologique, appartenance ethnique ou statut social. Grâce à une méthodologie interdisciplinaire croisant les données archéologiques, les analyses bio-anthropologiques et les sources textuelles (notamment la Lex Salica), cette recherche propose une lecture renouvelée de l’identité post-mortem, envisagée comme un processus relationnel et stratifié.

Les objets portés – armes, bijoux, éléments de costume – ne constituent pas de simples indices de genre ou d’origine, mais agissent comme des marqueurs performatifs d’un statut projeté. Parallèlement, les « marqueurs inscrits » – tels que les caractéristiques biologiques, l’âge ou les traces d’activité – éclairent les dynamiques de valorisation différenciée des individus au sein des communautés.

L’analyse statistique multivariée (clustering, analyses des correspondances) permet de dégager des configurations récurrentes dans la composition des tombes, révélant des stratégies collectives de représentation identitaire.

Dans plusieurs contextes funéraires du territoire, on observe que certains individus — notamment des femmes en âge de procréer — étaient inhumés avec des objets de prestige, parfois composés de matériaux non locaux, suggérant leur rôle central dans les structures d’alliance et les dynamiques de pouvoir.

Ce travail contribue ainsi à la réflexion sur la fabrique de l’identité dans les sociétés post-romaines, en articulant culture matérielle et biologie sociale.

Laura Gallucci[1]


[1] Doctorante – Boursière Campus France. Université de Lorraine, SAMA – UMR 1132 ; laura.gallucci@univ-lorraine.fr



Une présence burgonde dans la nécropole Sur le Marteret à Largillay-Marsonnay (Jura)

Située dans la région de la Combe d’Ain, au cœur du massif du Jura, la nécropole du haut Moyen Âge a attiré l’attention des érudits locaux dès le milieu du XIXe s. par son toponyme évocateur Sur le Marteret, dérivé de Martyrium désignant le lieu ou des sépultures de martyrs. Les découvertes de tombes se sont succédées tout au long du XXe s. en raison de la progression d’une carrière de granulat, jusqu’à la réalisation de plusieurs fouilles de sauvetage sur le sommet de ce promontoire fluvio-glaciaire remarquable, culminant à 510 m d’altitude. L’attrait de cette position est renforcé par la présence d’un tumulus du Bronze moyen et de quelques tombes protohistoriques. Toutes opérations confondues, ce sont 227 tombes qui ont été étudiées sur les 600 à 800 que comptait la nécropole avant sa destruction, ainsi que les restes d’un modeste édifice rectangulaire en bois, vraisemblable chapelle au sein de l’aire funéraire.

La nécropole affiche une forte densité de tombe et de nombreux recoupements et superpositions entrainant de nombreuses réductions de corps (20 %), en raison de contraintes topographiques et d’une certaine attractivité du petit bâtiment cultuel construit au sommet de la colline. Ces nombreux chevauchements et recoupements de sépultures favorisent l’analyse des différentes architectures funéraires utilisées et de suivre leur évolution au fil du temps. La typo-chronologie des tombes correspond à plusieurs nécropoles du domaine romano-burgonde, avec l’utilisation de contenants boisés dans les premières phases de la nécropole (coffrages boisés et monoxyles), puis l’apparition progressives des coffrages en pierre, parfois maçonnés (à dalles ou à murets). Toutes les architectures funéraires sont représentées, avec parfois des tombes originales (tombes doubles, ou mixte pierre/bois), à l’exception du sarcophage.

Les dépôts funéraires sont également conformes aux usages des nécropoles de ce secteur géographique, avec 13,5 % de tombes à mobilier comprenant des accessoires vestimentaires, objets de parure, des offrandes symboliques et des céramiques discrètes. L’analyse de ce mobilier permet une approche chronologique de la nécropole, associée aux datations C14 et à la chronologie relative. L’occupation débute avec un noyau de tombe précoces entre les années 450 et 475/80 après J.-C (Proto-mérovingien) et une utilisation jusqu’au début du VIIIe siècle, voire plus ponctuellement à une date plus tardive. Sur le plan social, plusieurs sépultures paraissent correspondre à des membres de familles privilégiées par la présence d’objets significatifs, une plaque-boucle de type D à motif chrétien et des garnitures de ceintures dans des tombes d’enfants en bas âge. Une sépulture, par la richesse de son mobilier, notamment un scramasaxe, inhabituelle à une phase tardive, peut être interprétée comme un possible représentant local du pouvoir franc en Burgondie.

Des tombes précoces se distinguent par leur position sur le bord occidental de l’aire funéraire et un mobilier caractéristique de certains costumes germaniques du Ve siècle du deuxième royaume burgonde. La défunte de la tombe Sp.517 arborait ainsi deux fibules aviformes de type Brochon, une perle en verre monochrome jaune et un nodule ferreux en forme d’olive entouré d’un lien organique (fig. 1), un costume similaire à celui de la femme de la tombe 304 de la nécropole de Beaune Saint-Etienne.

David Billoin[1], Katalin Escher[2], avec la collaboration de Sophie Manfredi-Gizard[3]


[1] Chargé d’opération et de recherche Inrap, UMR 5140 ASM.

[2] Maîtresse de conférences, Université Cergy Paris, UMR 6298 Artehis.

[3] Ingénieure d’étude, Service régional de l’archéologie, Drac de Bourgogne-Franche-Comté.


Figure 1 : Le mobilier funéraire de la tombe Sp.517 (Billoin, 2017).

Les géants de Livron-sur-Drôme : stature et identité d’une population alto-médiévale

Au cours de l’été 2019, une opération d’archéologie préventive a été menée par Éveha à Livron-sur- Drôme. L’investigation, réalisée sur une surface de plus de 3 hectares, a permis de révéler une occupation s’échelonnant de la période tardo-républicaine au Moyen Âge central. Parmi les vestiges, deux aires funéraires ont été identifiées. La première, associée à un vaste domaine vini/viticole, s’apparente à une petite nécropole familiale ayant fonctionné entre le IIIe et le début du Ve siècle. La seconde, beaucoup plus étendue, s’installe dans les niveaux de démolition du bâtiment antique. Associée à un lieu de culte, dont seules les tranchées de fondation ont été conservées, la période d’utilisation de ce large espace sépulcral s’échelonne entre le VIe et la fin du IXe siècle. L’analyse anthropologique des sépultures alto-médiévales a révélé une variabilité staturale notable au sein de l’échantillon masculin. L’étude biométrique met en évidence deux groupes distincts : un premier présentant une stature moyenne de 1,60 m et un second avec une stature moyenne de 1,81 m. Cette dichotomie se retrouve également dans la distribution de certaines lésions osseuses et des marqueurs d’activités. Des analyses isotopiques ont été réalisées mais aucun résultat discriminant n’a été obtenu. Ces éléments, à titre d’hypothèse, soulèvent la question de la pérennité d’un caractère communautaire au sein des populations issues des grands mouvements migratoires et ce, malgré une intégration culturelle effective. 

Isabelle Bouchez[1]


[1] Éveha, UMR 5138 ArAr.


F 3187, inhumation d’un sujet dont la taille a été estimée à 1,87 m (d’après Cleuvenot et Hoüet, 1993).
photo @ équipe Éveha.

Identités individuelles et collectives à Ciply (B.) entre le Ve et le VIIIe s. de n.è.

Depuis 2019, un vaste programme collectif de recherche se concentre sur la plus grande nécropole mérovingienne connue à ce jour en Belgique, Ciply (Mons, Prov. de Hainaut).

Utilisée entre le Ve et le VIIe s. de n.è., elle a pu compter jusqu’à 2000 sépultures, dont plus de 1000 ont été fouillées à la fin du XIXe s. Près de 2677 artefacts et les ossements de 292 individus, dont plusieurs dizaines de squelettes très bien préservés sont parvenus jusqu’à nous.

La reprise d’étude se fonde sur le croisement de données actualisées, obtenues grâce à des méthodes et des analyses inaccessibles ou balbutiantes à l’époque de la fouille et de la synthèse publiée en 1970.  L’archéométrie de l’artisanat du feu (céramique, orfèvrerie, armes…), complète les études typochronologiques, lesquelles sont confrontées aux résultats de datation 14C sur certains individus.  Les caractéristiques biologiques individuelles comme l’âge au décès, le sexe (diagnoses sexuelles primaire et secondaire, complétées par des analyses paléogénétiques) et la stature ont tout d’abord été réévaluées à l’aune de méthodologies fiables. L’étude des marqueurs osseux d’activités, des traumatismes et autres pathologies a ensuite été menée, nous informant sur les conditions de vie des sujets inhumés et sur certains aspects de la structuration sociale du groupe (notamment la division genrée des tâches). Les résultats concernant l’état de santé bucco-dentaire et ceux sur les isotopes stables du carbone et de l’azote permettent de préciser le régime alimentaire, tandis que ceux concernant les variations anatomiques non métriques crâniennes et la paléogénétique ouvrent des hypothèses sur les liens de parenté, l’origine géographique des sujets et les affinités entre les inhumé.e.s. Toutes ces données biologiques et culturelles, croisées entre elles, permettent de définir une nouvelle identité pour ces populations mérovingiennes, parfois bien différente de ce qui était soutenu jusqu’il y a peu à leur sujet.

Marie Demelenne[1], Caroline Polet[2], Céline Bon[3], Mathieu Boudin[4], Bérénice Chevalier[5], Amélie Chimènes[6], Marie Foulquier[7], Lucas Huart[8], Line Van Wersch[9] et Sébastien Villotte[10], 6, 7


[1] Conservatrice de la Section d’Archéologie régionale et domaniale, Musée royal de Mariemont.

[2] Institut royal des Sciences naturelles de Belgique, DO Terre et Histoire de la Vie.

[3] UMR 7206 Éco-Anthropologie, équipe ABBA (CNRS, MNHN, Université Paris Cité) ; Musée de l’Homme.

[4] Institut royal du Patrimoine artistique, Bruxelles

[5] Université de Liège, CNRS Arscan, doctorante FRESH F.R.S.FNRS.

[6] UMR 7206 – Anthropologie Génétique (AGène)

[7] UMR 7206 – Anthropologie Génétique (AGène)

[8] Université Libre de Bruxelles ; Département de Biologie des Organismes.

[9] Université de Liège, UR AAP, CEA ; CNRS, ARSCAN UMR 7041.

[10] Chargé de Recherche, CNRS, UMR 7206 Éco-Anthropologie, équipe ABBA (CNRS, MNHN, Université Paris Cité) ; Musée de l’Homme.


Étude anthropo-biologique des défunt.e.s mérovingien.ne.s de Ciply au Musée royal de Mariemont (B.)
Photo A. Simon, 2024 © MRM

Un fer de hache aux cheveux des femmes : marqueur d’identité militaire des IVe et Ve s. en Gaule du Nord et de l’Est ?

Les épingles à cheveux à tête en forme de hache constituent un corpus d’éléments de parure connu durant la fin de l’Antiquité tardive sur des nécropoles ou des sites à caractère militaire en Gaule du Nord, sur le limes rhéto-danubien et en Grande-Bretagne.

Ce corpus, ventilé dans plusieurs monographies et articles, n’a pas fait l’objet d’une étude spécifique. Deux catégories d’armes et outils miniaturisés sont souvent mobilisés pour la comparaison : un premier groupe déposé en contexte de sanctuaire dans les provinces occidentales de l’Empire sur une période du Ier av. au IIIe s. ap. ; un second groupe (pendeloques groupées en trousseaux ou colliers) est représenté dans des sépultures du barbaricum au Ve s., puis en Gaule à l’époque mérovingienne. Le rapprochement des trois corpus conduit à une interprétation religieuse de toute forme de hache miniature (amulettes, offrandes votives).

Le réexamen des épingles et de leur contexte nous permettra d’insister sur deux aspects : en l’absence de contexte cultuel clair, on ne peut conclure à leur caractère votif ou rituel. Ensuite, la présence des haches-épingles dans des sépultures de genre féminin intégrées aux secteurs des tombes à armes de nécropoles à caractère militaire (Somme, Picardie, Namurois) peut suggérer que ce type, toujours rare dans les sépultures contemporaines, a été mobilisé comme un marqueur d’identité sociale, un (in)signe qui matérialise le lien avec le milieu militaire.

Gabriel Belmonte[1]


[1] Doctorant-contractuel.EPHE-Umr 8210 ANHIMA. gabriel.belmonte@ephe.psl.eu


Épingle en argent, Nouvion-en-Ponthieu (T.176, temporal droit ; 66 mm).
© D.Piton 1985, p. 263

Entre culture matérielle et identités sociales : premières analyses du mobilier funéraire du cimetière mérovingien de Burmerange (Grand-Duché de Luxembourg)

Le village de Burmerange, situé dans le Grand-Duché de Luxembourg, fait actuellement l’objet d’une fouille préventive qui a révélé un cimetière du haut Moyen Âge comptant actuellement 117 sépultures. Une première analyse des types de tombes et des pratiques funéraires permet de situer le site entre la fin du Ve et le début du VIIIe siècle. Ont été identifiées des tombes à chambre funéraire, des sépultures en coffrage de pierre ainsi que des inhumations en pleine terre. Le mobilier funéraire est particulièrement riche, notamment en ce qui concerne les armes, les plaques-boucles, les vases, les fibules, les perles, les peignes et d’autres éléments de parure.

Bien que l’étude en soit encore à un stade préliminaire, il a permis de mettre en évidence des objets emblématiques de la culture matérielle mérovingienne, tels que des fibules, des plaques en bronze et en fer finement décorées, une plaque de châtelaine en bronze, ainsi qu’une fibule en bronze plaquée d’or ornée de motifs en filigrane.

Cette communication se propose de présenter résultats issus de l’analyse du mobilier funéraire de certaines sépultures, en s’attardant particulièrement sur certains types d’objets et leur position au sein des tombes. Les premières observations suggèrent, dans la grande majorité des cas, une culture matérielle homogène, conforme aux pratiques funéraires mérovingiennes typiques, ainsi que, plus rarement, la présence hypothétique d’individus issus d’autres populations du barbaricum germanique. À travers une approche statistique de la répartition des objets, cette étude vise à apporter de nouveaux éléments de réflexion et de discussion sur la compréhension de l’identité sociale de la communauté inhumée dans le cimetière mérovingien de Burmerange.

Fabio Attanasio[1]


[1] Archéologue responsable d’opération – ArcheoDIAG Sàrl. f.attanasio@archeo.lu


Détail de la plaque de châtelaine de la T 48 – Photo F. Attanasio

[Programme] Hiérarchie sociale dans les campagnes de Gaule romaine au prisme des mobiliers

Nous vous convions à une journée d’étude dont le programme reste à compléter et qui se tiendra dans la salle J. Reinach de la MOM, le 24/11/2025. Nous vous accueillerons à partir de 9H.

Cette journée d’étude organisée dans le cadre de l’Axe 2 : Culture matérielle et artefacts, vise à dégager des pistes méthodologiques permettant d’interpréter des faciès de mobilier (artefacts ou écofacts) dans une perspective sociale. L’objectif est de pouvoir dépasser une simple lecture fonctionnelle ou économique du mobilier en bâtissant des référentiels permettant une hiérarchisation des modes de consommation, du plus modeste au plus aisé.

Télécharger le programme.

9h – Accueil des partipants

9h30 – Introduction

M. Poux (Université Lyon 2, ArAr, UMR 5138)

9h50 – SIAMOIS : un système d’information archéologique pour dépasser le cloisonnement des données et favoriser la comparaison multiscalaire des mobiliers

C. Brun (ArAr, UMR 5138), G. Reich (Bibracte EPCC – CAE de Bibracte), S. Durost (Bibracte EPCC – CAE de Bibracte), M. Rousset (MOM, FR 3747), G. Bliaut (MOM, FR 3747), J. Linget (MOM, FR 3747) et J.-P. Girard (Archéorient, UMR 5133)

10h20 – Hiérarchie sociale dans les relais routiers romains : apports et écueils des faciès de mobiliers

G. Morillon (Archeodunum, ArAr, UMR 5138)

10h50 – pause

11h – Les assemblages fauniques, marqueurs de pratiques et d’établissements élitaires ?

Q. Berthier (Archéorient, UMR 5133)

11h30 – Regard typologique sur les objets de soin du corps en contexte rural [titre provisoire]

É. Vigier (ArAr, UMR 5138)

14h- Les dépôts monétaires et aurei isolés découverts au sein des établissements ruraux éduens

K. Charrier (ARTEHIS, UMR 6298)

14h30 – La monnaie, un marqueur social dans les campagnes du nord-est de la Gaule?

A. Burgevin (INRAP, Chrono-Environnement, UMR 6249) et B. Filipiak (INRAP)

15h – Une grande question pour des petits objets ? L’instrumentum et le statut de la villa de Sérézin-du-Rhône (69)

A. Carbone (Eveha, ArAr, UMR 5138)

15h30 – pause

15h45 – Quantifier la hiérarchie sociale ? Analyse computationnelle des faciès mobiliers en contexte rural

A. Giraudo (Université Lyon 2, ArAr, UMR 5138, ERIC, UR 3083)

16h15 – Regards croisés sur la culture matérielle rurale : retour sur les communications du colloque AGER XVI

M. Calbris (CITERES, UMR 7324) et E. Sadourny (Université Clermont Auvergne, UR 1001)

16h45 – Discussions et conclusion

Reprise des cuissons expérimentales de céramiques à Saint-Romain-en-Gal (69)

Cécile Batigne et Christophe Caillaud

Les 15, 16 et 17 septembre 2025, Valérie THIRION-MERLE (Laboratoire ArAr), Christophe CAILLAUD (resp. de l’archéologie expérimentale aux Musées et sites gallo-romains de Saint-Romain-en-Gal), Stéphane KIELBASA (chargé de l’inventaire aux Musées et sites gallo-romains de Saint-Romain-en-Gal) et Armand DESBAT (Laboratoire ArAr), accompagnés de Jérôme FAGE (médiateur culturel Musées et sites gallo-romains de Saint-Romain-en-Gal), Ana Paula CARDOSO-DELAVAL (médiatrice culturelle Musées et sites gallo-romains de Saint-Romain-en-Gal) et Cécile BATIGNE (Laboratoire ArAr), ont effectué une nouvelle opération de cuisson expérimentale de céramiques à Saint-Romain-en-Gal (69).

20 ans d’archéologie expérimentale au musée

C’est à l’initiative du laboratoire ArAr qu’a été lancé en 2005, en collaboration avec le musée de Saint-Romain-en-Gal, un programme d’archéologie expérimentale sur les cuissons des fours antiques[1]. Ce programme auquel participaient aussi des étudiants de l’université de Lyon s’est logiquement intégré dans les deux grands évènements organisés par les Musée et sites gallo-romains de Saint-Romain-en-Gal (Caillaud 2018). Chaque année, les Journées Gallo-Romaines début juin et les Vinalia, en septembre, étaient en effet des journées dédiées à la reconstitution historique mais aussi à l’archéologie expérimentale sur le Domaine des Allobroges grâce à trois fours construits sur place et protégés par des abris depuis 2014 : un four à flammes nues pour des refroidissements en atmosphère oxydante (mode A), un four pour des refroidissements en atmosphère réductrice (mode B) et un four à tubulures (mode C) (Picon 2002).

A. Desbat avait déjà investi le jardin du musée de Saint-Romain-en-Gal dans les années 80 afin d’y effectuer des cuissons expérimentales, alors qu’il était responsable des fouilles de la Maison des Dieux Océan, et ces expériences l’avaient ensuite amené à développer cette approche dans divers cadres scientifique (Desbat 2010 ; Desbat, Cardoso 2012 ; Desbat 2014). Depuis vingt ans, dans l’enceinte du Domaine des Allobroges, A. Desbat, assisté de S. Kielbasa, qui organise les cuissons pour le musée depuis 2011, et de V. Thirion-Merle, arrivée en 2013, ont pu, en collaboration avec le service scientifique du musée, effectuer une quarantaine d’opérations pour 78 cuissons, dans l’objectif de comprendre les effets de la température et de l’atmosphère de cuisson sur l’aspect des céramiques engobées, en particulier leur couleur et la qualité du revêtement, mais aussi d’estimer les rendements des fours en fonction de la quantité de combustible utilisé par rapport au poids de céramiques cuites.

Reprise des cuissons de céramiques

Deux ans après la dernière cuisson (Vinalia en septembre 2023), l’équipe, rejointe par A.-P.  Cardoso-Delaval, J. Fage et C. Batigne, a refait une cuisson expérimentale les 15, 16 et 17 septembre 2025. Cette cuisson marque la volonté de reprendre une activité régulière de cuissons expérimentales sur le Domaine des Allobroges malgré l’absence de très grands évènements publics.

Pour cette remise en route, nous avons d’abord restauré le four à flammes nues qui avait été construit pour des cuissons en mode A avec un torchis réalisé grâce à de l’argile, du sable et de la paille (fig. 1).

Fig. 1 : Préparation du torchis pour la restauration du four.

Deux cent huit céramiques – gobelets à col tronconique et gobelets cylindriques essentiellement – ont été réalisées par J.-J. Dubernard, potier viennois qui collabore avec le musée depuis 40 ans, d’après des modèles gallo-romains de céramiques dites métallescentes. L’engobage a pu être réalisé par trempage le lundi 15 : le temps très chaud a permis aux pièces de sécher très vite[2].

L’enfournement a pu être réalisé lundi en fin d’après-midi. Trois sondes thermiques ont été insérées dans le four au fur et mesure du chargement grâce à des trous préalablement réalisés dans la paroi du laboratoire (fig. 2).

Fig. 2 : Les sondes thermiques sont installées avant le chargement du four (les tubes ne servent qu’à alléger la couverture).

Les pièces, après avoir été pesées (fig. 3), y ont été posées sur leur fond mais aussi ouverture vers le bas, empilées les unes sur les autres.

Fig. 3 : Les céramiques crues sont pesées avant d’être enfournées.

Elles ont rempli les trois quarts du laboratoire puis ont été recouvertes de tessons de poteries sur plusieurs épaisseurs, de manière à faire un effet de couverture. Celle-ci a été renforcée par un rajout de torchis disposé en couronne (fig. 4).

Fig. 4 : Un boudin de torchis est rajouté sur la couverture du four, faite de tessons.

Le petit feu a été démarré mardi 16 au matin et nous avons veillé à faire augmenter la température de manière très progressive jusqu’à 400° C afin d’éviter de faire éclater les céramiques. En effet, jusque-là, nous avons constaté que la chaleur émanant du laboratoire était encore chargée d’humidité. Puis nous avons chargé en combustible, composé de longs et fins liteaux de résineux (fig. 5), particulièrement appropriés à la cuisson des céramiques, jusqu’à 18h30, heure à laquelle nous avons dû quitter le parc du musée. Nous sommes parvenus à atteindre 950°C après 7h30 de cuisson et à maintenir cette température pendant environ 1h. Un débraisage a dû être pratiqué après 5h30 de cuisson. 

Fig. 5 : Le combustible est constitué de fins liteaux de résineux.

La température des trois sondes était relevée systématiquement toutes les 30 mn. Le bois nécessaire a été pesé (fig. 6).

Fig. 6 : Le combustible nécessaire est pesé.

Le lendemain, le défournement a pu avoir lieu en milieu de matinée. Les vases cuits ont été retirés du four et observés en fonction de leur position dans celui-ci (fig. 7).

Fig. 7 : Les vases, une fois sortis du four, sont disposés selon leur emplacement dans celui-ci.

Ainsi, nous avons pu noter des variations de teintes évidentes selon leur emplacement : certaines céramiques positionnées en bas et surtout à l’avant du four montrent un revêtement gris/noir parfois grésé, et quelques-unes sont assez brillantes (fig. 8).

Fig. 8 : L’aspect du revêtement des vases varie selon leur emplacement dans le four : il est plus sombre et brillant si les vases ont été exposés à une température assez élevée.

A l’arrière du four, les engobes sont globalement plus clairs, exprimant une température de cuisson inférieure (fig. 9). Aucune casse n’a été à déplorer.

Fig. 9 : L’aspect du revêtement des vases est plus clair lorsqu’ils ont été exposés à une température moindre.

Bilan

Le bilan de cette cuisson est globalement satisfaisant : le four a été porté à 950° C sans difficultés hormis une température qui a stagné aux environs de 750° C, consécutivement au débraisage et au changement de gabarit du combustible, mais aucune céramique n’a été endommagée (fig. 10).

Fig. 10 : Courbe de cuisson (température relevée en fonction du temps, en minutes, sur chacune des 3 sondes) du 16 septembre 2025.

Toutefois, les gobelets engobés n’ont pas tous donné des aspects de céramiques métallescentes : dans la plupart des cas, les vases sont à peine cuits à 950° et à cette température, l’engobe n’a pas donné une jolie couleur orange vif. C’est plutôt une couleur beige qui domine[3]. Pour les vases situés à l’avant du four, la sonde a montré des températures toujours supérieures, et ces céramiques ont bénéficié d’un palier entre 950° et 970° C pendant plus d’une heure. Aussi, elles arborent une teinte grise ou noire, mais ce noir est rarement profond parce que le revêtement est rarement grésé. Ceci est vraisemblablement dû au fait d’avoir arrêté d’alimenter le feu vers 18h30. L’engobe prendrait sans doute des teintes plus profondes vers 1000° C. Il faut retenir que la température de 950° C a été atteinte et maintenue pendant un peu plus d’une heure grâce à 134,5 kg de combustible, ceci au bout de 10h30. Le ratio de bois est de 3,7, c’est-à-dire qu’il faut 3,7 kg de bois pour cuire 1 kg de céramiques, ce qui est un chiffre qui a été obtenu lors des sept dernières cuissons effectuées à Saint-Romain-en-Gal.

Perspectives

Les objectifs aujourd’hui sont de pouvoir augmenter la température atteinte dans le laboratoire de ce four. Nous souhaitons aussi de réaliser de nouvelles cuissons dans le four à sigillées, après sa reconstruction et refaire des cuissons en mode B. Mener de front une cuisson dans chacun de ces fours permettrait de comparer, dans des conditions climatiques identiques, la dynamique du four à flammes nues avec celle des deux autres fours.

Merci à Valérie Thirion-Merle, Stéphane Kielbasa et Armand Desbat pour leur relecture attentive de ce billet.

Références :

Caillaud C. 2018 : Vinalia, fête du vin et de la cuisine antiques, in Territoires du vin (coll. Patrimoine et valorisation des territoires de la vigne et du vin, 8).

Desbat A. 2010 : Archéologie expérimentale et réseaux informels à propos de la cuisson des céramiques, in Quatrièmes entretiens de Peyresq. Archéologie et réseaux en Méditerranée, p. 56‑66.

Desbat A. 2014 : La cuisson des céramiques antiques : bilan des 30 dernières années d’expérimentation (1983-2013), in Roman pottery and glass manufactures. Production and trade in the adriatic region. Colloquium Theme: Experimental archaeology. Proceedings of the 2nd international archaeological colloquium. Crikvenica (Croatia), 28th-20th october 2011., Crikvenica, p. 3‑40.

Desbat A., Cardoso G. 2012 : Recherches expérimentales sur les fours antiques : les expérimentations de Saint-Romain-en-Gal (Rhône), in RIVET L. (dir). SFECAG, Actes du congrès de Poitiers, 2012, Marseille, Société Française d’Etudes des Céramiques Antiques en Gaule, p. 623‑634.

Picon M. 2002 : Les modes de cuisson, les pâtes et les vernis de la Graufesenque : une mise au point, in Céramiques de la Graufesenque et autres productions d’époque romaine. Nouvelles recherches. Hommages à Bettina Hoffmann. Sous la direction de Martine GENIN et Alain VERNHET, Montagnac (coll. Archéologie et Histoire Romaine, 07), p. 139‑163.


[1] Convention entre le département du Rhône, pour les Musée et sites gallo-romains de Saint-Romain-en-Gal, et le CNRS et l’université Lumière Lyon 2, pour le laboratoire ArAr.

[2] La composition et la physico-chimique des matières premières est contrôlée grâce à des analyses par fluorescence X et diffraction X réalisées au sein de la plateforme Céramologie du laboratoire ArAr.

[3] Nous avons utilisé un engobe à sigillées contemporain et commercialisé en Suisse par l’entreprise Bodmer Ton, et qui est donné comme grésant autour de 1080° C. Il est utilisé par A. Desbat pour ses expérimentations depuis les années 2000.



Le collectif « Les Aqueducs de Lyon et des territoires rhônalpins. Actualités de la recherche », nouvelle donne

Le lundi 2 juin 2025 s’est tenue au 4e étage de la MOM, en salle Joseph Reinach, la première réunion du collectif « Les Aqueducs de Lyon et des territoires rhônalpins. Actualités de la recherche », en suite du groupe « Aqueducs de Lyon » qui s’était constitué en 2015.

Dix ans déjà

Cette rencontre est le nouvel épisode d’une aventure commune débutée il y a 10 ans, qui a vu la tenue de 10 journées d’études consacrées au réseau des adductions de Lugdunum, soit quatre longs canaux puisant les ressources en eau de l’ouest lyonnais dans un rayon qui atteint 40 km au sud-est et totalisent au moins 200 km de parcours au fil de l’eau (fig. 1).

Figure 1 : le réseau des aqueducs romains de Lugdunum.

Cette aventure a abouti au colloque « Les aqueducs romains de Lyon, un cas d’étude unique pour la connaissance de l’hydraulique dans l’Antiquité », tenu à Lyon les 8-10 octobre 2020 à la Maison Internationale des Langues et des Cultures (MILC). Ce projet hébergé par l’UMR 5138 ArAr et coordonné par Aldo Borlenghi (Université Lumière Lyon 2, Laboratoire ArAr) et Catherine Coquidé (Inrap, Laboratoire ArAr) atteint son objectif avec la parution du dossier Gallia 80.1 intitulé « Les aqueducs romains de Lyon et d’ailleurs : nouveaux repères ». Y sont éditées 36 contributions portées par 45 auteurs de tous rattachements, professionnels, étudiants et associatifs. Les travaux parus rebattent les cartes en considérant les quatre longs aqueducs à égale part (l’aqueduc du Gier « perd » de sa prééminence) et en élargissant la gamme des thématiques (la datation – notamment de ce dernier canal – n’est plus le sujet phare) (Borlenghi, Coquidé 2023).

Le volume de 2023 reflète l’apport de plusieurs décennies d’acquisition de données (Françoise-dit-Miret et al. 2022), préalablement partagées et in fine mises en forme pour refléter un travail commun. La parution intègre l’expertise d’archéologues attachés au même sujet œuvrant sur d’autres canaux de l’empire romain occidental et dont les acquis pouvaient refléter des scénarios locaux mais non encore perçus à Lyon : Arles/Arelate et Orléans/Cenabum en France, Almuñecar/Sexi Firmum Iulium en Espagne, Nyon/Colonia Iulia Equestris en Suisse, Rome/Roma et Pompéi/Pompeii en Italie. Les sujets abordés se répartissent en quatre thèmes : le repérage pied à pied des tracés et les problématiques relatives à la protection de ce patrimoine, les modalités de la mise en œuvre depuis le jalonnement du tracé initial jusqu’aux étapes de construction et de réfections, les arguments chronologiques attachés à chacun des ouvrages et enfin l’alimentation en eau de Lugdunum dont certaines des infrastructures urbaines ont nécessité une adduction en eau complémentaire.

La publication de 2023 est un point d’étape qui ne se substitue pas aux données-sources issues des travaux antérieurs, dont ceux de Jean Burdy, ne serait-ce que pour se placer correctement sur un tronçon de parcours amené à être exploré. Il serait pertinent de rechercher le nombre des occurrences de son nom au fil des contributions rassemblées en suite du colloque pour se rendre compte de l’apport des publications de cette figure emblématique, docteur de l’université Lumière Lyon 2, sur le sujet et membre de l’Académie des Sciences, Belles-Lettres et Arts de Lyon (Burdy 2002).

Un nouveau collectif

Les objectifs du groupe de recherche « Aqueducs de Lyon » atteints, la question s’est posée d’une éventuelle suite collective, capitalisant sur le réseau constitué par les membres du groupe précédent et sur l’expérience accumulée dans la formalisation des données. Il est rapidement devenu évident que seul le maintien d’un lieu de partage et de mise en perspective des acquis pouvait pérenniser les liens qui s’étaient créés. Il restait à refonder un collectif de recherche qui place la collaboration entre archéologues avant toutes autres considérations, à l’exception de celle du respect des sources, ceux du projet et du porteur de projet qui accepte d’échanger autour de données souvent inédites. Le laboratoire de l’UMR 5138 restait le cadre le plus à même d’accueillir les rencontres. Tous les publics sont invités à assister à des présentations et des discussions qui trouvent des échos au-delà de la communauté archéologique, auprès d’instances territoriales d’échelle (inter-)communale ou départementale et de représentants de la société civile, à titre individuel ou collectif.

Après consultation et vote, l’intitulé « Les Aqueducs de Lyon et des territoires rhônalpins. Actualités de la recherche » a été adopté, associé au terme de « collectif ». Le champ de recherche s’est élargi à d’autres aqueducs romains. Cette évolution est une adaptation à la réalité des opérations de terrain rhônalpines qui mettent au jour des segments de canaux faisant appel aux mêmes problématiques que ceux du réseau de Lugdunum. En effet, même d’ampleur moindre en termes de nombre de canaux ou de longueur ou volume transporté, ces ouvrages relèvent d’une même culture, répondent à des impératifs techniques similaires dans le transport de l’eau et concrétisent un lien original entre le territoire dont on exploite une ressource et un habitat plus ou moins lointain (établissement rural ou artisanal, agglomération). Pour la communauté qui est à l’origine de la commande, la construction d’un aqueduc reste partout un projet complexe répondant à des besoins particuliers et un investissement dans la durée qui n’est pas anodin.

Et un nouveau format d’échanges

Le format proposé pour le collectif est annuel, sans que cela n’exclue des rencontres ciblées si besoin en était. Il s’agit, en l’état d’aujourd’hui, de journées d’étude exposant des projets déjà aboutis, résultats de diagnostic ou de fouille recontextualisés à l’échelle d’un segment de parcours, de questionnements relatifs à un tracé ou à un point technique, de campagnes de prospections à paramétrer a priori ou à exposer une fois complétées, … Ces actualités de la recherche sont à mettre en regard d’approches plus transversales, telles, entre autres, le transport de l’eau, la caractérisation des matériaux de construction, l’évolution des aménagements urbains.

Le premier de ces sujets était au programme de cette journée du 2 juin 2025 (fig. 2), grâce à une collaboration initiée avec des hydrauliciens de l’Institut national de recherche pour l’agriculture, l’alimentation et l’environnement (Inrae) et qui, après l’aqueduc d’Arles, s’apprêtent à modéliser le parcours du flux sur l’un ou l’autre des aqueducs lyonnais. Cette collaboration appelée de nos vœux ces dernières années et qui se concrétise grâce à un projet commun avec l’UMR 5133 Archéorient (MOM Lyon) est une opportunité remarquable. Cette occasion de confronter deux mondes et deux conceptions de la question a, une matinée durant, permis de considérer la nature des paramètres nécessaires à l’étude hydraulique et de mettre en regard l’état des données archéologiques pour chacun d’entre eux. Il y aura à l’évidence des choix à faire et des incertitudes à quantifier. Ce qui parait déjà à l’aune d’autres modélisations laisse entrevoir toute la complexité du transport de l’eau à laquelle les ingénieurs antiques se sont confrontés, avec des implications concrètes sur les exemples lyonnais, notamment sur la nécessaire présence de nombreuses infrastructures de gestion et de surveillance du débit en eau libre et sur les contraintes exercées par les siphons-inversés ou les chutes en paliers.   

Figure 2 : le programme de la journée du 2 juin 2025. DAO : C. Coquidé

L’après-midi a été consacrée à quatre communications mettant en relief la variété des cas de figure rhônalpins tant sur le fond que sur le contexte opérationnel. L’archéologie programmée, préventive ou associative, en diagnostic ou en fouille, concourt à mettre au jour des canaux desservant la capitale lyonnaise, une agglomération secondaire ou un probable établissement rural ou périurbain (fig. 3).

Figure 3 : l’aqueduc de la Fontaine Couverte à Thonon-les-Bains, 33 rue de Tully. Resp. et DAO : Mélodie Cossé ; cliché : Antoine Valois

Aucun compte-rendu ne peut refléter la richesse de ces présentations et des discussions qui ont suivi. Ainsi l’exposé de la première opération de fouille (programmée) sur l’aqueduc de Fontanières, cinquième canal lyonnais remis en exergue par la publication post-colloque, a précédé celui de l’étude d’un segment de l’aqueduc de la Brévenne sur un tronçon déjà largement exploré par les opérations d’archéologie préventive, mais sans en épuiser les découvertes inédites. Dans l’Ain, la fouille de Balan permet d’appréhender un projet d’adduction dans sa presque totalité, profil et gestion du flux, captage et zone de desserte. Enfin, la mise au jour sur quelques mètres d’un canal lors d’un diagnostic à Thonon-les-Bains (Haute-Savoie) aboutit à la synthèse inédite des données attachées au parcours de l’aqueduc de Fontaine Couverte. Les discussions font apparaître des questionnements inédits sur, et parmi d’autres, l’usage de quelques aménagements associés aux canaux ou sur la gestion (voire la tolérance) de pentes particulièrement prononcées sur des distances limitées. 

La journée du 2 juin a aussi été l’occasion de faire le point sur les thèmes de recherche actifs ou en cours d’élaboration, alors que certains restent à l’état de propositions, faute d’acteurs et/ou de données disponibles. Ainsi, l’inventaire des opérations livrant des mobiliers de construction, dont les roches, permettrait une fois les identifications réalisées, de dessiner des aires d’approvisionnement et de localiser – à rebours et guidé par la topographie et les affleurements – les zones de carrières potentielles. La documentation afférente au secteur lyonnais de Vaise semble pouvoir faire émerger un sixième canal d’adduction ; sa reprise apporterait une réponse attendue. Côté terrain, ce sont toutes les potentielles branches amont de l’improbable aqueduc augustéen de l’Yzeron qui demandent à être prospectées et la documentation cartographique ancienne collectée et intégrée à un cadre géoréférencé.  Les incertitudes ne manquent pas non plus tout au long des autres tracés et l’exploration programmée de certains points nodaux résoudrait quelques énigmes, telle l’étude des zones de captage ou des secteurs impactés par les siphons inversés (avec des prospections géophysiques préalables), ou, sur l’aqueduc du Gier, le point de contact entre le siphon inversé de la vallée de la Durèze et le canal qui la contourne sur plus de 10 km.

Il y a quoiqu’il en soit déjà de quoi remplir plusieurs des programmes à venir et nourrir deux thématiques transversales, selon ce que les porteurs de projet voudront bien proposer. Il y a aussi une place à trouver dans l’organigramme de l’UMR 5138, à l’intérieur de l’axe 1 « Territoires et sociétés du Néolithique à l’Antiquité », soit dans le thème 2, soit en tant que troisième thème. Il faut surtout remercier les membres du collectif pour leur présence et leur assiduité, leurs interactions à différents niveaux, et les communicants de 2025 pour leur investissement à présenter des études qui vont au-delà de la stricte emprise d’opération et globalement plus loin que les cadres des missions assumées quotidiennement.

Références bibliographiques

Borlenghi, Coquidé 2023 :  BORLENGHI (A.), COQUIDÉ (C.) – Les aqueducs romains de Lyon et d’ailleurs : nouveaux repères, Gallia, 80.1, 475 p.

Burdy J. 2002 : BURDY (J.) – Les aqueducs romains de Lyon, Lyon, Presses universitaires de Lyon, 204 p.

Françoise-dit-Miret et al. 2022 : FRANCOISE-DIT-MIRET (L.), COQUIDÉ (C.), BELLANCA-PENEL (D.), BOISSARD (E.). – Une collaboration méthodologique et scientifique autour des aqueducs antiques de Lyon, in Archéologie nationale. Recherche. Expertise. Patrimoine. Archéopages, Hors-série n° 6 (Archéologie et Société), Inrap, p. 92-97.

L’abbaye d’Entremont à Glières-Val de Borne (74). Retour sur les recherches archéologiques 2021-2024.

Sidonie Bochaton & Lisa Donati

Copyright photos : S. Bochaton, sauf mention contraire.

Située dans la commune de Glières-Val de Borne, formée en 2019 par la fusion d’Entremont et de Petit-Bornand, en Haute-Savoie, l’ancienne abbaye de chanoines réguliers d’Entremont n’avait jusqu’à récemment que très peu intéressé les universitaires. Depuis 2020, elle bénéficie d’un double projet de recherche : historique, à travers la recherche, l’inventaire et l’étude de ses archives conservées entre la France et l’Italie, et archéologique, au moyen d’un chantier-école de l’université Savoie Mont Blanc. Grâce au soutien de nombreux partenaires et institutions1, ce sont non seulement près de soixante-dix stagiaires qui ont à ce jour été initiés à la fouille et au relevé archéologique du bâti, mais c’est aussi tout un pan de l’histoire religieuse de l’ancien diocèse de Genève qui est révélé.


Fig. 1 : Les établissements de chanoines réguliers dans l’ancien diocèse de Genève vers 1250. DAO S. Bochaton.

Genèse du projet

Fondée par l’abbaye d’Abondance au milieu du XIIe siècle, l’abbaye d’Entremont figurait parmi les nombreux établissements de chanoines réguliers qui existaient autrefois dans l’ancien diocèse de Genève, et dont l’étude a débuté en 20092 (fig. 1). L’abbaye est en 1279 transférée à l’ordre provençal de Saint-Ruf. Le site, vierge de toute recherche archéologique, présentait pourtant un intérêt certain. En février 2019, la consultation du fonds de l’ancienne Chambre des comptes aux Archives départementales de la Savoie avait permis d’estimer le potentiel documentaire du site, grâce à la découverte de nombreux documents du XVIIIe siècle relatifs à des travaux, dont des plans. Ainsi, les deux derniers états architecturaux de l’église ainsi que le dernier état architectural des bâtiments conventuels avant la sécularisation de l’abbaye en 1776 étaient globalement cernés et révélaient les destructions survenues depuis (essentiellement les ailes latérales). Quant au site, il comportait une grande parcelle gazonnée au centre de l’ancien couvent, à l’emplacement supposé d’un cloître disparu (fig. 3). Les conditions semblaient donc idéales au lancement d’un projet archéologique. La commune, propriétaire de l’ancien site abbatial, a tout de suite reconnu l’intérêt de cette démarche et autorisé la tenue d’une étude préliminaire à l’été 2020. Des prospections géophysiques ont alors été réalisées par Amélie Quiquerez (MCF université de Bourgogne) : menées sur 1800 m2, elles ont révélé la présence de maçonneries dans le sol et notamment ce qui pouvait être interprété comme deux ailes latérales organisées autour d’un cloître central. Les indices étaient dès lors plus que suffisants pour justifier une première campagne de fouilles à l’été 2021, suivi par une opération pluriannuelle entre 2022 et 2024 (tableau n°1 et plan n° 1).

AnnéeCo-responsableSecteurDécouvertes
2020A. QuiquerezParcelles 412 et 16Vestiges maçonnés dans les sols
2021B. Bétend-DesgrangesParcelle 412, sondage 4-1Galerie nord du cloître médiéval + bassin moderne
2022L. DonatiParcelle 412, sondage 4-2Galerie est du cloître médiéval + façade aile orientale primitive
2023L. DonatiParcelle 412, sondage 4-3Préau du cloître avec puits
2024L. DonatiParcelle 412, sondage 4-4Nouvel état du cloître moderne
Tableau n° 1 : Opérations archéologiques menées entre 2021 et 2024.

Plan n° 1 : Opérations archéologiques menées entre 2021 et 2024. Plan topo. : A2G (2020).

Vue de l'abbaye d'Entremont depuis le nord-est.
Fig. 2 : L’abbaye d’Entremont vue depuis le nord-est.
La parcelle 412 au centre de l'ancien site abbatial.
Fig. 3: La parcelle 412 au centre de l’ancien site abbatial.
L'église Notre-Dame-de-tous-les-saints.
Fig. 4 : L’église Notre-Dame-de-tous-les-saints.
L'aile nord du couvent (état milieu du XVIIe siècle).
Fig. 5 : L’aile nord du couvent (état milieu du XVIIe siècle) : reconstruction par l’abbé Marc-Antoine de Granery.

Le cloître médiéval (XIIIe-fin du Moyen Âge)

Dès le premier sondage (2021, 4-1), le négatif de l’angle nord-est du cloître médiéval a été mis en évidence : la datation a été confirmée par une analyse au radiocarbone réalisée sur l’un des deux occupants d’une sépulture ménagée dans l’ancienne galerie nord du cloître. Orientée nord/sud, tête au nord, cette sépulture n’a pas pu être fouillée en entier pour dépasser des limites du sondage (fig. 6). Le second occupant est décédé entre 1218 et 1280.

Fig. 6 : L’angle nord-est du cloître médiéval et bassin du XVIIe siècle (2021).

Le tracé de l’ancien mur bahut oriental a encore été reconnu dans une tranchée de récupération qui a été observée en 2022 et qui cette fois délimitait la galerie orientale du cloître. Une dense zone funéraire y a été découverte à une faible profondeur. Les extrémités des inhumés, tous des hommes, avaient été perturbées par la récupération des fondations du mur bahut à l’ouest, mais aussi par celle des fondations de la façade intérieure d’une aile orientale médiévale. Deux datations au radiocarbone ont révélé que les derniers inhumés étaient décédés entre le second quart du XVe siècle et le second quart du XVIIe siècle.

Fig. 7 : La galerie orientale du cloître médiéval et sa zone funéraire. A droite : négatif de l’aile orientale médiévale. En haut à gauche : le bassin du XVIIe siècle.

En 2023, c’est un puits qui a été découvert dans l’espace de l’ancien préau. Si rien ne permet de le dater, on ne peut exclure qu’il ne date pas des premiers temps de l’abbaye. Situé tout près de la galerie nord du cloître, on y accédait probablement par quelques marches d’escalier qui permettaient de circuler entre les différents niveaux du préau et du cloître (2024). Différents éléments permettent de supposer l’existence d’un cloître à deux niveaux de circulation, comme il en existait un à l’abbaye de Sixt ou comme celui de l’abbaye d’Ambronay.

Fig. 8 : Le puits (2023). A droite : extrémité occidentale du bassin du XVIIe siècle.

L’église abbatiale de la fin du Moyen Âge

Les opérations de terrain ont été accompagnées d’une étude architecturale de l’église abbatiale, enrichie par la documentation archivistique.

C’est à la fin du Moyen Âge, soit relativement tardivement par rapport aux autres abbayes augustiniennes du diocèse (Abondance, Filly et Sixt), que l’abbaye reçoit son premier abbé commendataire connu en la personne de Philippe de Luxembourg, qui la dirige entre 1486 et son décès le 2 juin 1519. Ses armoiries figurent au-dessus du portail de l’église : on le considère donc comme son commanditaire. Un détail permet néanmoins de raccourcir la fourchette chronologique de la construction de l’église : l’absence du chapeau de cardinal, ce que devient Philippe de Luxembourg en janvier 1495. La reconstruction de l’église est donc placée entre 1486 et 1494; à l’intérieur de la nef se trouvent des fonts baptismaux gravés du millésime 1503. Si la partie orientale de cette église a été reconstruite entièrement au XVIIIe siècle, son chevet d’origine est connu grâce à un plan dressé en 1770 et conservé aux Archives départementales de la Savoie à Chambéry. Cette église s’inscrivait parfaitement dans ce que Marcel Grandjean, historien de l’art suisse spécialiste de la fin du Moyen Âge et ancien professeur à l’université de Lausanne, avait identifié comme le plan type des églises paroissiales «genevoises» qu’il décrivait ainsi en s’appuyant sur l’église des dominicains de Coppet (Suisse), datée par dendrochronologie de 1492-1494 :

Elle [l’église de Coppet] offre le type même de la plupart des grandes églises paroissiales genevoises : à large nef unique, poursuivie sans solution de continuité, ou presque, par un chœur terminé en abside à trois pans, et entièrement voûtées d’ogives. Mais il faut savoir qu’à la fin du Moyen Âge, c’est un type multifonctionnel dans l’architecture religieuse savoyarde, puisqu’on le retrouve aussi bien dans des églises paroissiales (Flaxieu, Courmangoux), carthusiennes (Pierre-Châtel), bénédictines (Lémenc), que dans celles des ordres mendiants (Thonon, Myans et Pont-de-Beauvoisin).3


Fig. 9 : L’église d’Entremont. La nef date de la fin du Moyen Âge, mais la partie orientale du troisième quart du XVIIIe siècle (clocher compris).

Il faut cependant préciser qu’à Entremont, l’église était séparée en deux parties : une partie orientale réservée aux chanoines et une partie occidentale qui accueillait la communauté paroissiale. Un mur bâti dans la nef permettait d’isoler chaque partie, comme il en existait un autrefois à l’abbaye de Sixt (Sixt-Fer-à-Cheval, Haute-Savoie). Par ailleurs, la partie dédiée à la paroisse n’était pas voûtée, contrairement à la partie abbatiale.

D’autres églises genevoises ont adopté ce même plan “genevois” : Saint-Dominique d’Annecy (actuelle église Saint-Maurice) construite à partir de 1422, Notre-Dame-la-Neuve dont le chevet date de 1455, Saint-Jacques de Vandoeuvre et Saint-Théodule d’Arenthon, datée par dendrochronologie de 1490-1494. Avec cette dernière, mais aussi avec l’église des célestins d’Annecy (devenue cathédrale Saint-Pierre en 1822) et la cathédrale de Genève Saint-Pierre (devenue protestante en 1535), l’église d’Entremont partage également les fenêtres, que Marcel Grandjean évoquait de la façon suivante :


Plus éclairant paraît le trait généralisé qui relie le chœur d’Arenthon à l’actuelle cathédrale d’Annecy, terminée en tout cas par Rossel : il s’agit de la conception élémentaire des fenêtres, simplement en lancette, et trilobée pour la fenêtre axiale comme le sont pratiquement toutes celles de cette église d’Annecy et qu’on retrouve enjolivées à la tour sud de la cathédrale de Genève, toutes deux dues à cet architecte.4


L’architecte en question est Jacques Rossel. Originaire du Bas-Faucigny (Arenthon ou la paroisse limitrophe de Scientrier), Rossel est connu par des textes qui permettent de suivre sa carrière dans les grandes lignes. Entre 1490 et 1494, il conçoit peut-être l’église d’Arenthon. Peut-être est-il le Jacques Rosset qui reconstruit le chevet de l’église de Morges (Suisse) en 1508. Entre 1511 et 1528, il travaille à la cathédrale de Genève (Suisse) et est enfin attesté à Annecy en 1525 (d’après Marcel Grandjean). La contemporanéité des chantiers d’Entremont et d’Arenthon, leur proximité géographique – vingt kilomètres seulement les séparent – de même que la ressemblance du plan et des fenêtres (fig. 10-11) permettent d’émettre l’hypothèse que Jacques Rossel pourrait avoir été l’architecte de l’abbatiale d’Entremont.

Fig. 13 : Bénitier dans les escaliers menant à la tribune de la nef (angle nord-ouest de la nef).

Au XVIIIe siècle, l’église est cependant en mauvais état : le clocher construit au-dessus du chœur liturgique dans la nef pèse trop sur les murs et engendre des fissures dans les voûtes et les murs gouttereaux. Décision est prise de le supprimer et de construire un nouveau clocher sur le flanc sud du chevet (1765-1767, fig. 6). Malheureusement, on intervient trop tard : la partie orientale de la nef doit être reconstruite (1767-1770), mais on conserve les baies de la fin du Moyen Âge qui sont réutilisées. Finalement, c’est tout le chevet qui est reconstruit à partir de 1771, de même qu’une nouvelle sacristie (fig. 4), très peu de temps avant la sécularisation de l’abbaye. Avec le départ des chanoines, l’église devient uniquement paroissiale et le mur en travers de la nef est supprimé en 1778. Les stalles ornées des armoiries du cardinal Philippe de Luxembourg sont partiellement conservées.

La suppression du cloître (XVIe-XVIIe siècle)

Comme dans les abbayes d’Abondance et de Sixt, les bâtiments conventuels s’abîment au début de l’époque moderne. La situation est grave sous l’épiscopat de Françoise de Sales (1602-1622), qui, comme à Sixt, maintient les chanoines réguliers à Entremont, mais remplace ceux d’Abondance par des cisterciens feuillants.

Une première phase de travaux est connue par les archives : elle est ordonnée par l’abbé Thomas Pobel et ses prix faits, datés de 1601, sont conservés à Turin. Cependant, la réalité architecturale de ces travaux nous échappe car le couvent est entièrement reconstruit entre 1645 et 1668 (fig. 5) par le jeune abbé piémontais Marc-Antoine de Granery (1629-1703).

Les fouilles ont mis en évidence ces deux phases. Dans la moitié orientale du cloître, les galeries sont supprimées (le cloître avait déjà été réduit en taille à l’époque de la reconstruction de l’église et de l’aménagement d’une large terrasse qui avait empiété sur la galerie sud). Les murs bahuts sont prélevés, les sépultures perturbées, les tranchées comblées. Dans l’angle nord-est du préau, on aménage un bassin qui reprend les canalisations médiévales d’évacuation des eaux de pluie. Un homme est enterré dans l’espace de l’ancienne galerie orientale du cloître, à proximité de l’aile orientale primitive où se trouvait probablement la salle du chapitre. Dans la moitié occidentale du cloître, le terrain est profondément creusé, puis remblayé depuis le sud-ouest : rien ne subsiste de l’état médiéval. La découverte en surface de trois monnaies émises entre 1550 et 1597 confirme la datation moderne de ces travaux (tableau n°2). Ensuite, les fondations d’une aile occidentale et d’une galerie de cloître associée sont installées dans ce remblai. Ce dernier état a seulement été observé lors de la campagne 2024.

SondageTypeDatationLieu de frappe
3 (2023)Quart de grosAnnées 1550Aoste (IT)
4 (2024)SolAnnées 1550Genève (CH)
4 (2024)Sol au buste de Charles-Emmanuel Ier1594-1597Chambéry (FR)
Tableau n° 2 : Monnaies découvertes entre 2023 et 2024. D’après Vincent Borrel.

La dernière campagne prévue en 2025 permettra de préciser la topographie de l’état médiéval dans le secteur nord-est du cloître, ainsi que celle de ce nouvel état moderne dans la moitié ouest du couvent.

Le mobilier archéologique

Après les travaux menés dans l’église à partir de 1765, l’abbaye est sécularisée en décembre 1776. A une date inconnue, les ailes latérales sont supprimées, tandis que la cour intérieure, aménagée après la destruction du cloître, est remblayée. Cette couche datée du dernier quart du XVIIIe siècle a livré une quantité importante de tessons de céramique et de verre ainsi que de faune. Leur analyse et leur étude sont réalisées par Stéphane Brouillaud (INRAP-Bron, ArAr), Alban Horry (INRAP-Bron, ArAr) et Michaël Seigle (EVEHA-Décines).

Les archives de l’abbaye

En parallèle du chantier, un projet d’inventaire du fonds de l’ancienne abbaye d’Entremont est mené conjointement avec l’historien Denis Laissus.

Si les Archives départementales de la Haute-Savoie à Annecy conservent les archives médiévales, rétrocédées par l’Italie à la France dans les années suivant la Seconde Guerre mondiale, les Archives d’état de Turin conservent les archives modernes (fig. 14), auxquelles il faut ajouter les nombreux documents se trouvant aux Archives départementales de la Savoie.

Fig. 14 : Sacs de procès conservés aux Archives d’état de Turin.

Ainsi, grâce à un financement du Labex SMS de Toulouse, une première mission d’inventaire de ces archives a été menée en 2024. On peut déjà affirmer qu’il s’agit d’un des fonds monastiques les mieux conservés de l’ancien diocèse de Genève.

Science avec et pour la société (SAPS)

L’étude archéologique et historique de l’abbaye d’Entremont a été accompagnée de nombreuses actions de médiation scientifique afin de partager avec les stagiaires et le grand public les travaux universitaires concernant l’ancien diocèse de Genève, le monde religieux, la région d’Entremont et les découvertes archéologiques réalisées sur le chantier. Un cycle de conférences a vu le jour en 2021 : intitulé Les conférences du val de Borne, il proposait pendant la durée du chantier quatre conférences ouvertes à tout le monde. Des visites du chantier ont également été organisées pour des associations ou le grand public. Des échanges entre universitaires et guides du patrimoine Savoie Mont Blanc ont permis d’améliorer le discours des visites guidées estivales. Les classes de l’école Tom Morel d’Entremont ont également été accueillies sur le chantier. Une maquette de l’abbaye dans son état du milieu du XVIIIe siècle a été réalisée entre 2024 et 2025 (fig. 15) ; elle sera présentée dans le nouveau centre culturel d’Entremont inauguré en juillet 2025. Enfin, des articles de vulgarisation et de blogs sont parus pour informer de l’avancée des recherches.

Fig. 15 : Maquette en cours d’élaboration (février 2025). Crédit : Lythos.

Enfin, si le projet de chantier-école touche bientôt à sa fin, l’étude de l’abbaye se poursuivra au moyen d’un Projet collectif de recherche associant des archéologues et des historiens. L’objectif final est la publication d’un ouvrage collectif qui viendra compléter les récentes publications sur l’abbaye Saint-Maurice en Valais (dir. Bernard Andenmatten et Laurent Ripart, 2015), la congrégation d’Abondance (Arnaud Delerce, 2019), l’ordre de Saint-Ruf (Yannick Veyrenche, 2019), le prieuré de Meillerie (S. Bochaton, 2020), l’abbaye de Sixt (S. Bochaton, 2023) et l’abbaye d’Abondance (S. Bochaton, 2024).

  1. Cette opération bénéficie du soutien de la commune de Glières-Val de Borne, de la communauté de communes Faucigny-Glières, du département de la Haute-Savoie et du ministère de la Culture, de l’université Savoie Mont Blanc et du laboratoire LLSETI, ainsi que de l’université Toulouse 2-Jean Jaurès. ↩︎
  2. Voir les recherches menées sur les prieurés de Meillerie et de l’Aumône à Rumilly, et sur les abbayes d’Abondance et de Sixt (Haute-Savoie). ↩︎
  3. Marcel Grandjean, L’architecture religieuse en Suisse romande et dans l’ancien diocèse de Genève à la fin de l’époque gothique. Développement, sources et contextes. Lausanne : Cahiers d’archéologie romande, t. 157 et 158, 2015, p. 170. ↩︎
  4. Grandjean 2015, p. 107. ↩︎

Bibliographie

  • ANDENMATTEN, B., RIPART, L. (dir.). L’abbaye Saint-Maurice d’Agaune. 515-2015. Histoire & archéologie, Gollion : Infolio, 2015, vol. 1, 503 p.
  • BOCHATON, S. Notre-Dame d’Abondance. Une abbaye de chanoines réguliers (XIIe-XIXe siècle). Thonon-les-Bains : Académie chablaisienne, 2024, 208 p.
  • BOCHATON, S., DONATI, L. (dir.). L’abbaye d’Entremont. Le cloître-4, Rapport final d’opération archéologique (2022-2024), Lyon, 2024 (dactyl.)
  • BOCHATON, S. L’abbaye de Sixt. Des chanoines réguliers en Faucigny (XIIe-XIXe siècle). Annecy : Académie salésienne, 2023, 384 p. [open access]
  • BOCHATON, S. La nef et le chœur. À propos des églises de l’abbaye de Sixt (XIIIe-XVIIe siècle). De cols en vallées. Parcours en Faucigny médiéval et moderne. Actes du colloque international du projet européen Parcours : des patrimoines de passages en châteaux, Bonneville, 1er et 2 octobre 2021, Annecy, 2022, p. 111-123.
  • BOCHATON, S. Meillerie. Un prieuré fortifié de chanoines réguliers (XIIe-XIXe siècle). Annecy : Académie salésienne, 2020, 312 p.
  • BOCHATON, S. Ancienne abbaye d’Entremont à Glières-Val de Borne (Haute-Savoie). Chronique de fouilles, Le Fil d’Arar, 30/11/2020.
  • BOCHATON, S., LAISSUS, D., RIPART, L. L’abbaye d’Entremont a la croisée des recherches. Rubrique des patrimoines de Savoie, n° 51, octobre 2023.
  • DELERCE, A. L’abbaye d’Abondance et sa congrégation d’après la reconstitution du chartrier canonial 1108-1300. Chambéry : Presses universitaires de Savoie, 2019, 230 p.
  • GRANDJEAN, M. L’architecture religieuse en Suisse romande et dans l’ancien diocèse de Genève à la fin de l’époque gothique. Développement, sources et contextes. Lausanne : Cahiers d’archéologie romande, t. 157 et 158, 2015.
  • VEYRENCHE, Y. Chanoines réguliers et sociétés méridionales. L’abbaye de Saint-Ruf et ses prieurés dans le sud-est de la France (XIe-XIVe siècle). Brepols, 2019, 1060 p.

Parution de l’article “Appréhender archives et sources documentaires lors d’un diagnostic : exemple du château de la Croix, à Saint-Alban-Leysse (Savoie)”, par Sylvie Bocquet et Guillaume Martin.

Dans le cadre des Rencontres scientifiques et techniques de l’Inrap, qui ont eu lieu à Lyon en novembre 2022 sur le thème de l’étude des sources documentaires dans le cadre préventif, Sylvie Bocquet (Inrap, chercheuse au laboratoire ArAr) et Guillaume Martin (Inrap, chercheur au laboratoire ArAr) ont réalisé un article de synthèse relatif à une opération de diagnostic sur un site castral savoyard.

L’article et la présentation sont en ligne : https://sstinrap.hypotheses.org/15350

Des centaines d’objets antiques et médiévaux inédits pour des milliers de visiteurs … Artefacts en 2024

A. Gilles, A. Berthon, M. Feugère, A. Turgis, E. Vigier

 

Depuis 2012, la base de données Artefacts est hébergée par le laboratoire ArAr. Nous proposons de dresser ici un bilan des développements réalisés au cours de l’année 2024.

La dynamique : une communauté de contributeurs croissante

Ayant dû se renouveler depuis le départ à la retraite de Michel Feugère en 2021, l’équipe a su trouver une nouvelle dynamique, comme le montre le nombre croissant de chercheurs et institutions souhaitant y intégrer les objets sur lesquels ils travaillent. Les injonctions des tutelles pour encourager  la FAIRisation des données renforcent d’autant plus cette dynamique. Ces sollicitations exigent des moyens pérennes pour former les utilisateurs et assurer la maintenance informatique de la structure existante.

En outre, à l’occasion de la journée Démarches participatives pour la recherche et la valorisation du patrimoine archéologique organisée par la Société Préhistorique Française à Paris en mars 2024, A. Berthon et A. Turgis ont discuté les avantages et difficultés de la science participative dans le cadre du développement de cet outil.

En quelques chiffres, le nombre d’objets ajoutés en 2024 est de 6220 (chiffre calculé à partir de mars 2024). Le nombre d’inscrits a dépassé les 6000 (soit une progression de +2467 utilisateurs depuis 2019, soit +68%), et ce malgré un mois de fermeture pour maintenance et la suppression de comptes inactifs de longue date ou en doublon.

La formation

Amélie Berthon a assuré un certain nombre de formations s’adressant soit à des spécialistes des objets, soit à des étudiants ou universitaires.

  • Eveha : formation auprès de tous les spécialistes du petit mobilier, toutes périodes confondues : 11 h (Clermont-Ferrand, octobre 2024) : 9 professionnels
  • Eveha, agence de Clermont-Ferrand : formation auprès des étudiants en stage : 4 h (février 2024) : 2 étudiants
  • Université de Caen/CRAHAM : formations individuelles auprès d’enseignants-chercheurs : 5 h – 2 enseignants/1 ingénieur
  • Université Lyon 2 : 4 h en 2024 et 4 h en 2025, auprès des étudiants du Master 1 “Mondes médiévaux” (TD-charges de cours) : 16 étudiants

Fig. 1 — Formation Artefacts, par Amélie Berthon, à l’Université Lumière Lyon 2, le 11 mars 2025 (ph. M. Feugère).

A ces heures s’ajoutent des formations plus informelles réalisées en visioconférence par l’équipe d’administrateurs, à la demande de nouveaux auteurs.

Le collectif est en constant mouvement et certains auteurs, désireux de réajuster leur niveau d’engagement en fonction de leurs disponibilités, choisissent de revenir à un rôle de membre.

Du terrain à la publication…

Artefacts étant intégré dans le travail quotidien de plusieurs spécialistes travaillant pour des opérateurs d’archéologie préventive, les données des rapports de fouille sont rapidement communiquées à la communauté scientifique. En 2024, les corpus de différents sites ont rejoint la base (cf. les références ci-dessous. Liste non exhaustive). Artefacts ne prenant pas encore en compte les déchets, chutes et fragments non identifiés, ou typologiquement non caractérisables, le nombre de ces objets à l’échelle d’un site est parfois réduit. Ce travail d’apparence fastidieux permet néanmoins de mieux maîtriser un corpus documentaire par nature très dispersé, dont l’effectif est toujours croissant et de favoriser les synthèses.

A. Berthon, “Étude du petit mobilier”, in X. Lhermite, Toulouse (31), parking de la cité administrative – quartier médiéval, jardin moderne, arsenal contemporain. Rapport final d’opération archéologique (fouille préventive), Éveha – Études et valorisations archéologiques (Limoges, F), 1 vol., SRA Occitanie, 2024, 278-287.Notice de valorisation

D. Burdet, “Le mobilier métallique”, in L. de Kalbermatten, M. Fuchs (dirs), Rapport d’intervention des fouilles-école IASA 2023, Lausanne-Vidy, Rapport à l’archéologie cantonale vaudoise, 2024, 86-95 et 187-199.

A. Carbone, “Le petit mobilier”. In : T. Argant (dir.), G. Grange, Belleville-en-Beaujolais (Rhône), lieu-dit Fontenailles, Rapport final d’opération archéologique, Éveha, SRA ARA, Décines-Charpieu, 184-211.

Maniez J., Merkenbreack V., Afonso-Lopes É., Chombart J., Delobel D., Leroy-Langelin E., Boutteau D., Picavet P., Peinetti A., Duchemin J.-P., Carneaux A., Cadart J., Épinoy (Pas-de-Calais), Base aérienne 103 – Zone 2, Secteurs BA 103-6, BA 103-8, BA 103-9. Volume 4 : le secteur 9, Rapport Final d’Opération de Fouille, Dainville : Direction de l’Archéologie du Pas-de-Calais 2024, 554 p.

J. Mousset, Le petit mobilier. In S. Guillimin Ars-en-Ré (17), 14 venelle de la Petite Grange. Une petite portion du cimetière paroissial médiéval et moderne, rapport d’opération archéologique (fouille préventive), Éveha, vol. 1, SRA Poitou-Charentes, 2024, 273-310.

R. Pansiot et al., 63, rue Garibaldi, Chalon-sur-Saône (71), Une partie de nécropole antique pillée au haut Moyen Âge. Rapport final d’opération archéologique (fouille préventive), Éveha – Études et valorisations archéologiques (Limoges, F), 2 vol., SRA Bourgogne-Franche-Comté, 2024.

… aux musées

Les archéologues travaillant au sein de musées ne constituent certes pas la majorité des visiteurs et contributeurs d’Artefacts, mais une frange néanmoins importante. Il faut souligner ici l’investissement particulier de B. Viroulet, qui est conservatrice du musée gallo-romain de Biesheim, et qui poursuit le récolement des collections du site gallo-romain de Biesheim depuis 2023. Nous relayons ici son témoignage :

Dans ce cadre, j’exporte régulièrement sur la plateforme POP-Joconde (catalogue collectif des collections des musées de France) une série de notices d’objets répondant à une thématique spécifique : lampes à huile, mithraeum, bijoux, statuettes etc. En amont du versement, j’instruis les notices de chaque objet le plus précisément et le plus scientifiquement possible. La base Artefacts est un outil très utile dans ce cadre-là, pour décrire l’objet, avoir des références bibliographiques, typologiques etc. J’applique la même démarche lors du récolement décennal des collections, phase à l’occasion de laquelle il est de mise de contrôler la conformité de la dénomination des objets. Lorsqu’une fiche Artefacts correspond à un objets de notre collection, je rajoute la référence. Ce n’est hélas pas une démarche systématique, faute de temps… Mon objectif est la diffusion de nos collections dans le but de partager la connaissance avec la communauté des chercheurs, et de garantir la sécurité des collections en affirmant leur statut juridique.

Aujourd’hui, des objets issus de ces collections sont renseignés sur 296 fiches.

On peut citer aussi les contributions de Laurie Freire (Musée-Maison du patrimoine de Hières-sur-Amby, Isère), qui se sont déroulées au cours des années 2022-2023.

L’année 2024 a par ailleurs été l’occasion de renouer contact avec certains collègues, comme Virginie Dupuy au musée Dobrée à Nantes à l’occasion du colloque Ager, et envisager une collaboration future dont les contours restent à définir.

Le travail de conserve avec les musées est particulièrement intéressant pour Artefacts dans la mesure où ces collections sont parfois inédites et que ces collaborations simplifient grandement la gestion des crédits d’illustration, cette dernière question ayant fait l’objet d’un important travail de fond ces dernières années.

De l’objet aux statuts socio-économiques

Dans le cadre d’une réflexion d’équipe amorcée au colloque AGER de Nantes traitant des marqueurs de statuts sociaux, nous avons rassemblé les données relatives aux objets utilisés dans une série de villae, fermes et autres établissements moins bien caractérisés. Ce travail de dépouillement a permis de lisser l’ensemble de la documentation dont une partie a déjà été saisie dans Artefacts.

A terme, il est envisagé d’exporter toute la documentation relatives aux objets vers la base ces données. Ce travail a ouvert d’autres questionnements relatifs à la gestion des données de contextes et aux données quantitatives du mobilier dans Artefacts qui à ce jour ne sont pas disponibles, mais pourraient faire l’objet de développements ultérieurs.

Cette réflexion fait écho aux demandes de l’ANR de doter les projets de recherches de Plan de gestion des données. A ce jour, l’interface d’Artefacts ne permet pas encore de stocker l’ensemble des informations relatives aux petits mobiliers mobilisées dans le cadre de projet de recherche intégrant des corpus de fouilles.

Le temps et l’espace. De nouveaux territoires

Les formations réalisées ces dernières années ont permis d’élargir l’éventail chronologique des auteurs, initialement principalement antiquisants. De fait, le nombre de fiches pour les autres périodes que la période romaine (code 4) s’est considérablement étoffé. Il faut ici la l’apport fondamental des doctorant.e.s et de l’archéologie programmée.

  • La période médiévale : acquis et perspectives

Il faut évidemment souligner le travail de longue haleine réalisé par Amélie Berthon (2024) qui a soutenu récemment sa thèse traitant du mobilier carolingien (code 6) du site des Chesnats à La-Chapelle-Saint-Mesmin (45). Des objets de ce sites sont renseignés dans 173 fiches dont la plupart ont exigé un travail de définition rigoureux et de recherches de parallèles. Cette période compte désormais 731 fiches, couvrant un large Occident, de la Méditerranée occidentale aux territoires scandinaves, en passant par l’Europe centrale.

La période allant du Moyen-Âge central à l’époque moderne devrait prochainement s’enrichir de l’abondante documentation recueillie dans la fouille programmée du château de Clermont-en-Genevois étudiée par Clément Tournier. Totalisant près de 1600 objets dont 1300 illustrés, cette collection de référence devrait être intégrée grâce à une convention entre Archeodunum et le laboratoire ArAr.

Ce dynamisme fait écho également à la parution de plusieurs ouvrages de référence pour ce domaine de spécialité en Auvergne-Rhône-Alpes, qu’il convient de mentionner :

Marie-Christine Bailly-Maître dir. Vivre en montagne au Moyen Âge. Les objets racontent l’histoire de l’argenteria de Brandis. Huez-Alpe d’Huez – XIIe-XIVe siècles, éd. , Lyon, CIHAM Édiitons, 2024 ; 1 vol., 504 p. (Mondes médiévaux, 9). ISBN : 978-2-9568426-9-9. Prix : € 49,00.

Michel Colardelle, Jean-Pierre Moyne, Eric Verde (éd.), L’habitat fortifié de Colletière à Charavines et le pays du lac de Paladru au XIe siècle, Caen, PUC, Déc. 2023, 2 vol.

  • La consolidation des données de l’époque romaine

Une thèse, en cours, permet également d’étoffer de consolider le socle historique d’Artefacts : la période romaine et de mener des réflexions méthodologiques et épistémologiques. En l’état actuel, le travail d’Alyssa Turgis (sur la caractérisation de l’identité socio-culturelle des individus par l’instrumentum grâce à l’utilisation de méthodes statistiques poussées et du machine learning) renseigne 670 fiches. A terme, plus de 100 000 objets seront versés dans la base de données pour l’époque romaine (code 4). On pourrait aussi évoquer le travail de fond initié dans le cadre d’une thèse par Antony Carbone sur le corpus de la ville antique de Vienne. Le seul site du Bourg à Sainte-Colombe, dont le rapport a été finalisé en 2023, alimente à lui seul 278 fiches. Ce travail a pris la suite de missions universitaires au musée de Saint-Romain-en-Gal et porte aujourd’hui à 430 le nombre de fiches citant des objets tirés de ses collections et fournit une abondante documentation en grande partie inédite.

 

  • Documenter la péninsule ibérique

A l’échelle européenne, l’Espagne restait très mal renseignée bien qu’ayant bénéficié de plusieurs missions universitaires réalisées sous la direction de Michel Feugère. Le corpus des objets métalliques d’Empúries, entrepris à partir de 2015 avec des étudiants de l’Université Lumière Lyon 2, a été repris et élargi en 2024 (M. Feugère, E. Pastor, J. Tremoleda). Les collections du site étant réparties entre plusieurs musées, le projet s’efforce désormais de documenter avec une méthode commune les différentes collections, dont l’importance était sous-estimée jusqu’ici : Musée d’Empúries (MAC EMP), Musée de L’Escala (coll. C. Albert), Musée Episcopal de Vic, Musée de Gérone (MAC GIR), Musée de Barcelone (MAC BCN), et d’autres encore de manière plus ponctuelle.

A terme, ce seront plusieurs milliers d’objets qui formeront une monographie très représentative des séries mobilières du Nord-Est de la Catalogne, mais aussi à l’échelle de la Méditerranée occidentale. Étendre la zone de documentation vers le Sud, alors que le Languedoc est d’ores-et-déjà assez bien renseigné dans la base de données, éclaire les relations inter-régionales en mettant en valeur, par exemple, les importations d’une région vers l’autre. Pour étayer les parallèles et les contextes régionaux, différentes enquêtes ont été ou sont effectuées dans les musées catalans : Badalona (Museu de Badalona), Tarragona (Museo Nacional Arqueológico MNAT), Amposta (Museu delle Terre de l’Ebre MTTE), Roses (Ciutadella). Par ailleurs, deux projets concernent la capitale régionale Tarragona, en lien avec le musée national :

  • en 2023-2024 : l’établissement d’un catalogue des mobiliers métalliques de l’importante fouille de la ‘Necrópolis paleocristiana’, site funéraire installé sur des habitats ibériques et romains et utilisé jusqu’au VIIe s. de n. ère.
  • en 2025, l’étude des mobiliers de la fouille préventive du Mercat Central (M. Feugère, J.F. Roig) a commencé. Certains objets particuliers de la capitale provinciale ont d’ailleurs déjà bénéficié d’une publication (Feugère, Roig 2024).

Instrumentum inscriptum

Le module épigraphique ajouté dans Artefacts en 2020 a été utilisé pour documenter plus de 14000 inscriptions sur objets, puis pour brosser un bilan préliminaire de l’instrumentum inscriptum en Gaule (Feugère, Willi 2024), mais aussi pour effectuer plusieurs études sur les lampes de firme (Feugère, Raepsaet-Charlier 2024), les signacula ou encore les camées inscrits (Feugère 2024). Là encore, l’examen de la situation en Gaule et l’analyse de la nature des marques sur certains types d’objets requièrent un regard à l’échelle européenne.

Artefacts et la communauté scientifique

Si les statistiques des visiteurs, quel que soit le public cible, montre un intérêt croissant pour le contenu d’Artefacts, il est intéressant d’examiner son usage par la communauté scientifique au-delà de ses auteurs, en examinant notamment les citations de son contenu dans les différents supports éditoriaux.

Grâce à la multiplication des publications en ligne, il est de plus en plus aisé de mesurer la citation du contenu d’Artefacts dans les publications scientifiques.

Ainsi, nombre de publications trouvent du grain à moudre dans les données déposées par les contributeurs d’Artefacts, alimentant les réflexions de la communauté soit parce qu’elles sont originales (études inédites issues de rapports ou observations dans des musées), soit parce que la base rassemble sur une même fiche des informations dispersées dans de nombreux supports éditoriaux, parfois difficiles d’accès.

 

Les supports de publications en question, tout comme l’origine des visiteurs (cf. ci-dessus), témoignent d’ailleurs d’une visibilité internationale des données déposées dans Artefacts.

Il nous paraît utile de fournir ici quelques exemples pour montrer comment les modes de citation du contenu des fiches peuvent intervenir dans ces supports éditoriaux :

Archäologisches Korrespondenzblatt : Feugère, Gilles 2017 : Lien

Bonner Jahrbücher : Merkenbreack, Bolla, Maniez 2019 : Lien

Cahiers Landarc : Lien

Gallia : Mille et al. 2018 : Lien ; DOI: Lien

Pallas : Thompson et al. 2022 : Lien

Sautuola : Fernandez Ibañez, Rodriguez Martin 2016 : Lien Feugère, Roig 2024

SEBarc : Martínez Chico 2020 : Lien

Catalogue de musée : Bolla, Martinelli 2023 Lien

Références bibliographiques

Berthon 2024 : A. Berthon, Analyse socio-fonctionnelle du petit mobilier et du verre issus du site des Chesnats, la Chapelle-Saint-Mesmin (45) : production et consommation des produits manufacturés dans un site rural à la période carolingienne, thèse de doctorat en histoire, histoire de l’art et archéologie, sous la direction de L. Bourgeois, 2 vol., 1001 p., Université de Caen-Normandie, 2024.

Feugère 2024 : M. Feugère, Un groupe de camées inscrits. Minima Epigraphica et Papyrologica 29, 2024, 184-217.

Feugère, Raepsaet-Charlier 2024 : M. Feugère, M.-T. Raepsaet-Charlier, Les « lampes de firme » d’époque romaine découvertes en France : onomastique des potiers. Latomus 83 (1), mars 2024, 3-27.

Feugère, Roig 2024 : M. Feugère, J.F. Roig Pérez, Agujas de tipo Arelate en Hispania: testigos terrestres de un comercio mediterráneo. Sautuola XXIX, 2024, 95-106.

Feugère, Willi 2024 : M. Feugère, A. Willi, Literacy in Gaul: The Value of instrumentum. In : A. Mullen, A. Willi (eds.), Latinization, Local Languages, and Literacies in the Roman West, Oxford University Press, Oxford 2024, 248-272.

Mi-parcours de l’ANR Fistulae : progrès et perspectives sur Lyon, Vienne et Saint-Romain-en-Gal

Elise Vigier et Aldo Borlenghi

Après les travaux d’André Cochet, de Jørgen Hansen et de Laurence Brissaud (Cochet, Hansen 1986 ; Cochet 2000 ; Brissaud 2011 ; Rémy et al. 2011 ; bibliographie non exhaustive), on pourrait croire que tout a été écrit ou presque concernant les tuyaux en plomb à Lyon, à Vienne et à Saint-Romain-en-Gal. Pourtant, les données issues des fouilles récentes, les travaux sur les minerais et les lingots (Domergue, Rico 2023) et les progrès des analyses archéométriques de ces dernières années ont considérablement renouvelé les possibilités d’étude de ce métal.

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Journée archéologique de la Drôme

23 novembre 2024 à Montélimar

Panorama de l’archéologie drômoise

Journée organisée par

Thierry Costechareyre (Association Patrimoine et archéologie Pays de Montélimar)

Michèle Bois (Association Archéo-Drôme)

Yannick Teyssonneyre (DRAC – SRA – Auvergne Rhône-Alpes)

Juliette Michel (DRAC – SRA – Auvergne Rhône-Alpes)

avec le concours

de la Conservation départementale du patrimoine de la Drôme

Résumés des communications

Tête de statue issue d’une fouille du Pègue @ P. Thiollas, Inrap

Introduction à la Journée d’Archéologie Drômoise (9h)

Karim GERNIGON, Conservateur régional de l’archéologie

Michel Colardelle, Président de séance.

Les occupations du Néolithique moyen et du premier âge du Fer sur le site Rue du Buis à Anneyron

Marie LAROCHE – Paléotime – UMR5608 TRACES

Pauline HART – Paléotime – UMR7044 ARCHIMEDE

Résumé

Une fouille d’archéologie préventive nommée « Rue du Buis » à Anneyron (26) a été réalisée par Paléotime au préalable de l’aménagement d’un lotissement porté par PierreVal Aménagement.

Le site s’étend sur environ 1,3 ha, divisés en deux zones distinctes. Il est positionné sur des terrasses fluvio-glacières attribuées au Würm récent et se caractérise par un replat à l’ouest et une forte pente descendante en direction de l’est-sud-est dans la zone orientale, rejoignant un imposant paléovallon comblé de limon.

Les vestiges découverts concernent deux périodes : le Néolithique moyen et le premier âge du Fer. Pour le néolithique moyen, d’affinité chasséenne, les vestiges se répartissent à l’ouest et au nord de l’emprise.  Bien  que  fortement  arasées,  les  structures  correspondent  à  des  fonds  de  fosses  et d’imposants silos comblés par des rejets anthropiques conséquents. En plus du mobilier illustrant le quotidien des hommes de cette période, des briques de terres crues, quelques trous de poteau et deux probables pièges de chasse ont été mis au jour.

Le premier âge du Fer est essentiellement marqué par la présence d’un alignement de 11 foyers à galets chauffés avec un léger décalé pour quatre foyers au sud. Ces structures foyères, particulièrement bien conservées, ont été mises en place en bordure du paléovallon, dans le bas de la pente du terrain. Deux à trois niveaux de blocs étaient conservés, recouvrant un niveau de charbons plus ou moins bien préservé. Les foyers tendent à s’organiser deux par deux, sauf à la fin de l’alignement où ils sont au nombre de trois. Une partie de l’étude des blocs des foyers a été réalisée in situ, permettant ainsi d’identifier des mouvements et des brassages des blocs intra-foyers.

Au-delà de l’alignement, plusieurs autres foyers circulaires à galets chauffés ont également été découverts de façon éparse sur le versant de la pente. Faute de vestiges datant, aucune attribution chronologique ne peut pour l’instant être proposée pour ces foyers.

Toutes ces données permettront un renouvellement des connaissances pour ces périodes dans un secteur géographique où elles étaient jusque-là méconnues.

Vue de l’alignement de foyer à pierre chauffée daté du Premier Âge du fer @ Paléotime

Trente ans de recherches sur l’âge du Bronze dans la Drôme. Une brève synthèse des résultats.

Joël VITAL, UMR 5140 ASM, Montpellier

Résumé

De 2014 à 2021 a été conduit un bilan scientifique sur le thème « Corpus céramiques, sites et espaces de l’âge du Bronze en moyenne vallée du Rhône, Ardèche et Drôme ». Tous les sites présentant un intérêt dans ce cadre ont été étudiés. La chronologie céramique régionale de l’âge du Bronze affinée durant cette période a permis d’estimer l’évolution des différentes composantes culturelles participant à la constitution des assemblages céramiques à partir de sources documentaires tirées de 273 gisements correspondant à 533 occupations. Sur ces bases chronologiques significatives, les objectifs ont ensuite été élargis aux dynamiques spatiales, tenant compte de la répartition, de la forme, de la densité, de la fonction des sites. Cette présentation se focalisera dans le cadre de cette journée sur le département de la Drôme, qui a connu une intense activité archéologique depuis quatre décennies, conduite par les chercheurs du CAPRA et fidèlement soutenue par les structures politiques départementales et régionales.

Ensemble de mobilier céramique et métallique du site de la Baume des Anges à Donzère @ J. Vital 1990.

Nouvelles données archéologiques sur la plaine de Loriol : des bâtiments du campaniforme et un établissement rural gallo-romain sur le Parc d’Activité Champgrand.

Karine RAYNAUD, Éveha, UMR 5138, Laboratoire ArAr

Carole GRELLIER-CHEVALIER, Éveha

Résumé :

Dans le cadre d’une fouille préventive menée en 2022 sur l’emprise du Parc d’Activité Champgrand, deux secteurs totalisant 3,75 hectares ont été fouillés suite au diagnostic réalisé par C. Gaillard (Inrap) en 2019. La Zone 1, située à l’ouest du projet (1 hectare), a livré deux niveaux d’occupations dont une partie seulement a pu être abordée du fait de l’ennoiement continu de cette emprise. En l’état actuel du dossier et suivant les datations radiocarbones obtenues, le plus ancien appartient à l’intervalle 2400-2200 (Néolithique final) et le plus récent au début du second millénaire (Bronze ancien). La première occupation se manifeste par un vaste niveau de sol de type palimpseste, consignant les artefacts laissés au cours des fréquentations successives du site. Le décapage manuel puis mécanique de ce paléosol a ensuite laissé apparaître les trous de poteaux d’au moins 4 bâtiments dont deux témoignent d’une identité architecturale inédite au niveau régional: celle-ci est formée de plans trapézoïdaux couvrant 60 m² et prévus selon un projet architectural d’habitat groupé, composé de à bâtiments parallèles et orientés nord-ouest/sud-est. La seconde occupation s’étend sur un espace plus réduit (Zone 1 ouest) et comprend également des témoins architecturaux et quelques structures en creux de type domestique.

La Zone 2, située à l’Est du projet de fouille (2,7 hectares), livre quant à elle les témoins d’une implantation tardo-républicaine adossée à un large fossé structurant la plaine sur sa longueur supérieure à 500 m et possiblement axé sur un réseau cadastral précoce. Cette implantation se développe autour d’un petit enclos de 1800 m² intégré à un espace ouvert de 5000 m² sur lequel sont répartis des vestiges architecturaux, des structures en creux à fonction domestique et des puits. A 100 m vers l’Est est établi plus tard un établissement rural étendu sur 750 m² et regroupant deux bâtiments construits en dur. Le premier couvre 100 m² en une seule pièce, tandis que le second (bâtiment 2, 340 m²) propose une succession de 11 pièces disposées en enfilade sur un plan rectangulaire, dont deux pièces d’angles en avancés sur cour, séparées par une galerie. Cet édifice est pourvu d’une cour de 450 m² fermée par un mur sur deux côtés. Bien que le site ait souffert de la récupération des matériaux de construction puis de l’arasement des niveaux supérieurs, il a pu être observé des fondations sur blocs de pierre et galets liés à la terre ou au mortier sur une à cinq assises, ainsi que les couches d’occupation remaniées des espaces intérieurs qui ont livré un mobilier en quantité limitée. Tout autour de la zone construite s’étend un espace densément structuré et partitionné par des fossés mais aussi des installations sur poteaux et autres structures domestiques. Il accueille également plusieurs puits atteignant des formations sableuses aquifères abondamment nourries par la nappe phréatique de la Drôme ; certains sont  pourvus  d’un cuvelage en pierre. Pour ce secteur antique,  si les vestiges rencontrés évoquent principalement une occupation plutôt tardive (3è quart du IIIé s. s. ap.), quelques indices du Haut-Empire invite à considérer une antériorité qui sera à confirmer dans la cadre des études de post-fouille en cours de réalisation.

Fouille des niveaux de sol sur la Zone 1 ; Figure 2 – Mobilier céramique et lithique dans une petite fosse du Bronze ancien ; Figure 3 – L’établissement gallo-romain de la Zone 2 ©Eveha.

Des soldats par légions, les camps militaires romains à Valence (Drôme)

Magalie. KIELB ZAARAOUI, Mosaïques archéologie

Marie GAGNOL, Inrap, UMR5138 Laboratoire ArAr

Résumé :

Surplombant la ville de Valence (Drôme), le plateau de Lautagne domine la vallée du Rhône. Il offre un lieu privilégié d’installation et d’observation, aisément défendable, situé face aux premiers contreforts du Massif central. À l’occasion de trois opérations de fouilles préventives effectuées en 2014-2015, en 2016 puis en 2023-2024 (Mosaïques Archéologie, INRAP), trois camps militaires romains datés de la fin de la République romaine ont été mis au jour. Bien qu’explorés partiellement, ce site, unique en France, nous ramène aux prémices de la conquête de la Gaule…

Parmi ces camps, le plus grand d’entre eux, le camp F, est un exemple unique en France, un site majeur pour la compréhension de l’armée romaine à la fin de la République. Il appartient à la catégorie des aestiva, des camps temporaires édifiés pour une campagne d’été durant laquelle les soldats couchaient sous tente. Sa superficie (environ 45 hectares) était suffisante pour accueillir deux légions romaines et leurs auxiliaires, soit une force composée de 10 000 à 15 000 hommes !

Les opérations de fouille ont permis de mettre au jour le fossé d’enceinte particulièrement imposant, deux portes, plus de 400 structures internes dont 150 fours de cuisson en terre et du matériel archéologique varié (céramique, objets métalliques, graines, meules, charbons, etc.). Quantité d’informations ont été recueillies quant à l’organisation du camp et à l’alimentation des soldats de l’époque.

Coupe d’un fossé du camp militaire du plateau de Lautagne @ Mosaïques archéologie

Étude de deux habitats gallo-romains en périphérie de la cité de Die sur le site du secteur nord de la ZAE de Pibous et Cougnes

Thibaud CANILLOS, Mosaïques Archéologie, chercheur associé UMR5140, ASM, équipe TeSAM, Montpellier

Résumé :

L’agrandissement de la Zone d’Activités Économiques de Chamarges, située au nord-ouest de la commune de Die, a motivé la réalisation d’une fouille préventive au lieu-dit Pibous et Cougnes, au cours de laquelle les vestiges de deux établissements ruraux gallo-romains ont été identifiés. La fouille s’est déroulée du 25 mai au 18 septembre 2020 et la prescription portait sur une emprise de 7 000 m², avec un recouvrement sédimentaire important de l’ordre de 1,20 à 1,70 m d’épaisseur, expliquant la bonne conservation des vestiges.

De conception sensiblement identique, ces deux bâtiments sont créés au Ier siècle de n. è., puis agrandis lors de différentes phases.

Dans la partie nord-est de l’emprise de fouille, le premier bâtiment antique a été mis en évidence sur l’intégralité de sa surface. Il présente un plan rectangulaire de 22 x 7 m (environ 154 m²) divisé en trois espaces distincts. Cet établissement a subi un incendie durant la deuxième moitié du Ier s. de n. è., qui a laissé de nombreuses couches riches en charbons et en pièces de bois carbonisées qui ont permis une première approche anthraco-chronologique. Le mobilier incendié comporte majoritairement des formes de sigillée sud gauloise qui sont distribuées entre les années 30/40 et le IIe s. ap J.-C. Seulement trois bords permettent de remonter le TPQ. La rareté de certaines formes récentes combiné à la présence de quelques profils dont la diffusion ne dépassa pas la fin du Ier  s., Drag 29b et Drag 33a, incitent à situer l’incendie du bâtiment I entre les années 60 et 90 après J.-C. Malgré l’incendie, le bâtiment est réoccupé et de nouveau agrandi.

Dans la partie sud-ouest de la zone décapée, un second bâtiment a été mis en évidence sur l’intégralité de sa surface. Il présente un plan en forme de L et possède une longueur de 22 m pour une largeur minimale de 4 m et une largeur maximale de 10 m. Cet édifice est divisé également en plusieurs espaces distincts. Un important niveau de tegulae bien conservées a été observé dans la partie nord- est du bâtiment. Cet horizon signale l’existence d’une toiture effondrée qui a été étudié de manière exhaustive sur plus de 100 m² (fig. 1 et 2).

Figure 1 : Pibous et Cougnes, vue générale du bâtiment II en cours de fouille @ Mosaïques Archéologies.

Si la majorité des assemblages céramique provenant du premier bâtiment sont datables du Ier s ap. J.- C. ou de la première moitié du IIe  s., ceux provenant du second édifice ont été constitués principalement entre la deuxième moitié du IIe s et le IIIe  s. L’étude des monnaies découvertes dans l’établissement semble mettre en avant une occupation synchrone des bâtiments pendant tout ou partie du IIe s. Les deux bâtiments sont abandonnés dans le courant du IIIe s., seul le second bâtiment présente une réoccupation au cours de l’Antiquité tardive.

L’hypothèse de deux habitations proches est ici avancée, comme semble l’affirmer le mobilier céramique usuel et l’instrumentum appartenant à la sphère domestique retrouvés dans les différents niveaux. De plus, les restes carpologiques carbonisés retrouvés dans divers niveaux témoignent d’activités domestiques diverses : rejets culinaires, ratés de grillage ou de torréfaction pour le stockage ou le décorticage, nettoyage de foyer ou encore sous-produits de récoltes utilisés comme combustible. Au vu de la nature des artefacts, les activités réalisées dans ces bâtiments apparaissent plutôt domestiques qu’artisanales.

Plusieurs problématiques paléo-environnementales ont été également abordées, étant donné que l’emprise de fouille été traversée par deux paléo-chenaux important (20 m de large pour 4 m de profondeur) qui ont impacté plusieurs paléo-sols, dont un recelant du mobilier lithique attribué au Néolithique moyen Chasséen. D’un point de vue chronologique, le premier paléo-chenal possède des aménagements de berges datées par 14C du haut Moyen Âge, alors que le second traduit un phénomène de type torrentiel intervenu au cours de la période moderne.

L’ensemble de ces découvertes vient donc compléter et enrichir les données archéologiques et paléo- environnementales de ce secteur de la vallée de la Drôme.

Figure 2 : Pibous et Cougnes, bâtiment II, spacialisation des tuiles par groupes d’argiles @ B. Durand.

Les établissements antiques de la ZA des Orti à Laveyron

Pascale RETHORE, Inrap, UMR 5138, Laboratoire ArAr

Résumé :

À Laveyron dans la Drôme, une fouille préventive a permis de mettre au jour un grand site de production vinicole. Situé dans le territoire du peuple gaulois des Allobroges, il est possible que sa production corresponde au vinum picatum au goût résineux, très réputé durant l’Antiquité et évoqué par de nombreux auteurs anciens dont Pline plus particulièrement.

Le site est implanté au bord du Rhône, probablement à hauteur d’un gué : cette localisation, la taille de   l’établissement   (plus   de   3 000   m2)   et   sa   spécialisation,   apparaît   comme   propice   à   la commercialisation de ce vin à une large échelle. L’établissement s’organise autour d’une cour de 900 m2 bordée d’une galerie. À l’est de cette cour, sur une plateforme surélevée de 5 mètres au-dessus du terrain et contrefortée par des murs puissants, des négatifs de très grandes fosses, apparaissent comme les vestiges de plusieurs pressoirs qui se sont succédé dans le temps.

Après foulage et par gravitation, les jus de raisin s’écoulaient vraisemblablement par des rigoles ou des tuyaux, vers quatre grands bassins, deux au nord, deux au sud, construits en contrebas de la plateforme et intégrés dans des celliers excavés de 430 m2, où l’on conservait les vins et procédait à la vinification probablement dans des tonneaux.

Le bâtiment est construit probablement à partir de la seconde moitié du Ier siècle (les datations doivent être précisées). Il succède à un bâtiment de moindre envergure, bien daté lui, par un vaisselier de tradition italique, d’époque augustéenne. La fonction même de ce premier bâtiment reste à définir. Des négatifs de possibles foudres et de dolia, évoquent déjà une production vinicole.

Ce petit établissement s’installe lui-même sur un site matérialisé par de nombreux trous de poteau et de fosses datés de la fin de la période républicaine (Ier s. av. n. è). Cette occupation est circonscrite par un vaste enclos à palissade. Elle montre la pérennité du site.

Figure 1 : Vue du site de Laveyron en cours de fouille @ Inrap

Premier bilan sur l’agglomération antique du Pègue

Magalie GUERIT, Inrap, UMR 5138, Laboratoire ArAr

Christine RONCO, Inrap.

Résumé :

La commune du Pègue est localisée en Drôme provençale, entre Grignan et Nyons, en limite du Vaucluse. Elle est notamment connue pour son oppidum fouillé à partir des années 50 durant près de trente ans. Depuis une vingtaine d’années, des opérations d’archéologie préventives sont menées dans le centre du village actuel, autour de la chapelle Sainte-Anne datée du XIIe s.

Les diagnostics et les fouilles réalisés sur la commune permettent de mettre au jour une agglomération antique relativement bien préservée qui s’ancre au cours du Ier s. et se développe jusque dans le courant du IIIe s. voire au siècle suivant. Elle comporte un réseau viaire, orienté sud-est/nord-ouest, qui scande la ville du nord au sud avec au moins trois quartiers distincts.

Des quartiers artisanaux et d’habitations s’implantent de part et d’autre de ces routes. Au nord, le secteur semble plutôt dévolu aux activités artisanales et à des maisons d’habitations modestes. La partie méridionale de la ville abrite, quant à elle, de grandes demeures cossues, des domus, richement décorées de peintures et de mosaïques. Les opérations archéologiques menées depuis près de deux décennies sur la commune apportent des données majeures quant à la connaissance de l’agglomération antique du Pègue, sa structuration et son artisanat. Son organisation spatiale et le dynamisme de son artisanat témoignent des échanges commerciaux qui s’y déroulent durant près de trois siècles.

Figure 1 : Vue de l’îlot antique du 60 chemin des Chaux en cours de fouille @ Inrap

Evolution des espaces funéraires drômois en milieu rural, de la fin du Haut-Empire à la fin du Haut Moyen-Âge : l’exemple de Livron-sur-Drôme

Isabelle BOUCHEZ, Éveha, UMR 5138, Laboratoire ArAr

Guillaume MAZA, Éveha, UMR 5138, Laboratoire ArAr

Résumé :

C’est dans le cadre du projet de déviation de la RN7 que l’opération d’archéologie préventive, réalisée par Évéha (RO : Guillaume Maza) entre avril et juillet 2019, a mis au jour les fondations d’une église primitive implantée dans les niveaux de démolition d’une villa romaine (MAZA et alii 2023). Les décapages et les sondages successifs ont permis de circonscrire une extension complexe et structurée d’un espace funéraire sur plus de 3000 m2. La densité constatée dans les zones fouillées, amène à estimer entre 800 et 1000 le nombre total de sépultures présentes. Les datations au radiocarbone, des ossements étudiés, placent ces structures entre le VIIIe et le Xe siècle de notre ère. Les résultats de cette opération, associés à deux autres fouilles menées à Livron-sur-Drôme (ZAARAOUI et alii 2021; PHILIBEAUX et alii 2023), témoignent de la cohabitation, propre à l’époque carolingienne,  des  ensembles  familiaux  isolés  et  des  espaces  d’inhumation  communautaires  et chrétiens. Ils offrent, avec l’étude complémentaire de la zone sépulcrale associée à la villa antique, datée de la fin du Haut-Empire, une vision de la transformation progressive du paysage funéraire vers l’établissement des cimetières paroissiaux.

Figure 1 : Inhumation en cours de fouille @I. Bouchez

MAZA G. (2023) – Livron (26), RN7. Déviation de Livron et de Loriol, Rapport final d’opération archéologique, Éveha, Études et valorisations archéologiques (Limoges, F.), SRA Auvergne- Rhône-Alpes, 4 vol., 2023. PHILIBEAUX R. (2023) – Le site du Boissonnier, Livron-sur-Drôme (Drôme), Rapport Final, d’Opération, Hadès. ZAARAOUI Y., KIELB ZAARAOUI M., BADRESHANY K., BERDEAUX-LE BRAZIDEC M.-L.,

DURAND B., ELLIOTT S., GAGNOL M., GOBBE G., GOURLOT M., MALIGNAS A., MARINI N., MORANDI L., RENAUD A., ROSSETTI P. et SAVE S. (2021) – Occupation antique et médiévale sur le site de la ZAC de la Confluence, Renoncées ouest, tranche 1, Rapport Final d’Opération, Mosaïques Archéologie, 2 vol., 848 p.

Alixan : le château des évêques de Valence

Evelyne CHAUVIN-DESFLEURS : Atelier d’Archéologie Alpine

Résumé :

Le village d’Alixan est un site remarquable à plusieurs titres : sa forme circulaire, son riche patrimoine de l’architecture agricole, religieuse et militaire, et son passé historique marqué (Fig.1). Il a su conserver au fil des siècles de nombreux vestiges médiévaux et particulièrement le tracé de son parcellaire concentrique typique d’un développement autour d’un noyau castral initial.

Le château et le bourg d’Alixan d’après le cadastre napoléonien de 1811@ Atelier d’archéologie alpine.

Dans la perspective de la mise en valeur du village, des travaux de sécurisation et de restauration des remparts ont été entrepris par la commune, touchant en particulier le noyau central correspondant à l’ancien château des évêques de Valence. La restauration des remparts risquait de faire disparaître des informations archéologiques essentielles à la compréhension de ce secteur du bourg, épicentre de son développement au Moyen Âge. Pour cette raison, une analyse approfondie du bâti conservé en élévation a été réalisée préalablement et à l’avancement des travaux de restauration, accompagnée d’une étude historique.

Menée dans le cadre d’une opération d’archéologie préventive, l’étude de bâti a permis, en confrontant les données de terrain avec les sources archivistiques, documentaires et iconographiques d’établir l’évolution générale des remparts qui témoignent de près de huit siècles d’histoire (Fig.2).

Figure 2 : Élévation nord-est de l’enceinte avec l’alignement de trous d’ancrage du hourd @ Atelier d’archéologie alpine.

Recherche en cours sur l’organisation urbaine antique et médiévale de Die intra-muros

Marie CAILLET : Hades, Archéo-Drôme.

Michèle BOIS : Archéo-Drôme

Jacques PLANCHON : Musée de Die et du Diois, chercheur associé à l’UMR5138, Laboratoire ArAr

Résumé :

Capitale de la cité des Voconces durant l’Antiquité, puis siège épiscopal des premiers temps chrétiens à la fin de l’Ancien Régime, la ville de Die conserve une enceinte défensive monumentale remontant au IIIe siècle de notre ère. Mis à part quelques points de découvertes significatives, l’évolution de la topographie urbaine reste à documenter. Pour débuter ce travail au long cours, une prospection archéologique systématique des caves a été entreprise en 2023 à proximité de la porte ouest de la ville, dans deux îlots urbains situés à la jonction de la rue principale (Camille Buffardel) au tracé considéré comme étant d’origine antique et de la rue Émile Laurens menant à la cathédrale, peut- être ouverte à la période médiévale. Le travail de cette première année a permis de reconnaître des maçonneries antiques servant de fondation à des murs médiévaux en cœur d’îlot urbain mais aussi d’autres constructions médiévales en limite de la rue Émile Laurens. L’organisation de certaines parcelles laisse penser que l’un des îlots, aujourd’hui en majeure partie bâti, était desservi par une traverse médiane. Compte tenu de ces résultats, il est donc dès lors envisagé d’étendre l’aire d’étude à l’entrée ouest de la ville intra-muros, où s’élevait autrefois la porte Saint-Pierre, dans le cadre d’une recherche triennale.

Figure 1 : Différentes phases de construction observées dans une cave de Die @ M. Caillet.

Le Prieuré Notre Dame Saint-Andéac de Grâne

Avril MAUVEAUX, Inrap.

Alexia LATTARD, Inrap, UMR7299, Centre Camille Jullian.

Résumé :

Une opération de diagnostic sédimentaire et d’étude de bâti, menée préalablement à un projet de restauration au Prieuré de Grâne dans la Drôme, a permis d’entrevoir le potentiel de ce site casadéen remarquablement préservé (Fig.1).

Les sondages pratiqués dans l’espace claustral et autour du prieuré ont révélé une longue occupation du site pour le Moyen Âge. Ils ont notamment conduit au dégagement de nombreuses sépultures aux aménagements et à la densité variée, indiquant une pérennité de l’occupation depuis l’Epoque médiévale jusqu’à la Période moderne.

Le diagnostic concernant l’étude de bâti laisse entrevoir plusieurs états anciens pour les bâtiments du prieuré ainsi que pour la tour ouest de l’église. Cette opération a permis de poser les premiers jalons de la connaissance de cet édifice et de l’évolution de son occupation.

Figure 1 : Prieuré en cours de diagnostic Die @ Inrap

Bilan historiographique sur 45 ans de recherches autour des châteaux de Montélimar

Michèle BOIS, Présidente d’Archéo-Drôme.

L’approche archéologique sur l’ensemble castral qui couronne la ville de Montélimar a bénéficié de la nomination, en 1979, de Christian Trézin comme conservateur-animateur des châteaux de la Drôme. Jusqu’alors, ses différents bâtiments, partiellement classés Monuments Historiques en raison de leurs éléments architecturaux caractéristiques d’un Moyen Âge idéalisé, avaient souffert du manque de considération de leurs transformations au cours des siècles. Grâce à l’ouverture au public de l’enceinte du château méridional en 1983, un regard renouvelé a porté sur son histoire et son architecture. La collaboration avec les différents architectes chargés des Monuments Historiques qui se sont succédé à son chevet a permis une prise en compte progressive des spécificités de l’étude archéologique, portant à la fois sur le bâti et sur les niveaux sédimentaires que recèle la ville haute de Montélimar. Il reste encore à lever bien des doutes sur l’évolution millénaire de ce quartier, depuis l’érection de l’église du XIe siècle jusqu’à nos jours, en passant par la construction du logis du XIIe siècle, des murailles défensives médiévales et de la citadelle à la fin du XVIe siècle, puis l’établissement de la prison d’époque révolutionnaire et enfin l’installation de bâtiments religieux, hospitaliers ou civils aux derniers siècles. À ce jour, s’ouvre une nouvelle dynamique d’étude, soutenue activement par le département de la Drôme.

Figure 1 : Château de Montélimar @ Département de la Drôme.

L’église médiéval Saint-Clair de Montfroc

Guillaume MARTIN, Inrap, UMR5138, Laboratoire ArAr

Résumé :

Dans le cadre de cette modeste opération de fouille sur le site de Saint-Clair à Montfroc, le lien a été établi entre les vestiges sédimentaires mis au jour lors du diagnostic et les élévations accessibles par une approche archéologique du bâti dans le cadre du suivi des travaux de restauration.

Le diagnostic archéologique mené à l’été 2018 a permis la découverte de vestiges d’une occupation bien antérieure à celle communément admise du XIIIe s.  L’élément le plus ancien se présente sous la forme d’une petite structure de combustion probablement artisanale rattachable à l’ère paléochrétienne. Puis c’est peut-être la présence d’une voie ou d’un lieu de culte primitif qui conditionne la présence d’une tombe « en bâtières » isolée, faute de lien stratigraphique ou de niveau de sol. Elle est datée par datation 14C des VIIe-VIIIe s. Elle témoigne d’une occupation funéraire du haut Moyen Âge dont elle est l’unique représentante.

Cette sépulture se situe non loin d’une tombe « à caisson » datée par 14C des XIe/XIIe s. Elle est accolée à la tranchée de récupération d’un mur qui matérialise vraisemblablement le vestige de l’ancienne chapelle ou église prieurale dont la date de construction reste indéterminée. Le Moyen Âge classique n’a par la suite livré aucun élément. L’hypothèse la plus vraisemblable est que la chapelle ou la petite église médiévale est détruite autour de la Renaissance, car trop exiguë ou mise à mal par le temps et l’instabilité du sol. À cette époque, probablement après le XVIe s., le bâtiment, obsolète, est arasé, on récupère les matériaux jusque dans les fondations. On installe en lieu et place un édifice plus vaste et mieux fondé contenant nef et collatéraux. L’étude de bâti et le suivi de chantier ont permis d’affiner le phasage simple de l’évolution de l’édifice, depuis sa genèse jusqu’à nos jours. Le collatéral nord est construit en premier lieu, puis la nef et le collatéral sud viennent par la suite s’y greffer. Concernant le choeur et la sacristie, l’étude des parements extérieurs tend à les mettre dans le même horizon chronologique, avec par extension le presbytère détruit. L’installation de ces nouveaux bâtiments s’accompagne d’une reconfiguration du cimetière au nord et de la création d’un potager au sud. Enfin, la construction du clocher à la fin du XIXe s. et le percement des baies au nord et à l’ouest se présentent comme les dernières modifications majeures avant la restauration actuelle.

Figure 1 : Principales états de construction de l’église Saint-Clair@ G. Martin.

Le jeu de paume de Suze la Rousse : épater la galerie

Guillaume ROQUEFORT, Patrimoniae, Archéologie – Histoire – Médiation

Serge VAUCELLE, Université Toulouse 3.

Résumé :

L’intervention menée sur le jeu de paume de de Suze-la-Rousse en mai/juin 2023, s’inscrit dans une suite d’opérations archéologiques initiées depuis 2015.

Selon la légende locale ce jeu aurait été construit « en trois jours » seulement (1564).

De plan barlong (33,76E/O  m x 10,60N/S  m x 4,64 mH), il appartient à la catégorie des jeux de courte paume en raison de l’espace clos délimitant l’aire de jeu (Fig.1). Au cours de l’Ancien régime, cette activité physique suscite un réel engouement auprès de la noblesse européenne et des milieux urbains et cultivés.

Les investigations menées  en  mai/juin  2023  avait  pour  objectifs  de  mener  une  étude complémentaire d’archéologie  du  bâti  au  niveau  du  couronnement  des  murs,  l’ouverture  d’un sondage à l’intérieur du jeu de paume (est) et enfin réaliser une étude typo-chronologique des galeries présentes dans les Jeux de Paume (France).

Figure 1 : Vue du jeu de Paume.

Conclusion de la journée

Michel COLARDELLE

Bloc stylisé du Prieuré de Grâne.